mardi, 22 juillet 2008

SOSialisme

congres.jpgLa réforme des institutions a été votée ce 21 juillet grâce à un texte qui, historiquement épargné par les critiques expertes, constitue une avancée institutionnelle incontestable en accordant plus de droits au Parlement et en limitant les pouvoirs du Président. Au passage, il prévoit entre autres de faire élire douze députés par les français de l'étranger qui n'étaient jusque là pas représentés à l’Assemblée Nationale, ce qui constituait une formidable injustice alors que ce sont des français à part entière. Pour la petite histoire, cette idée n’est pas partagé par tous, Dominique Strauss-Kahn avait ainsi déclaré pendant la campagne en février 2007 : « Nous souhaitons mettre en place un impôt citoyen pour ceux qui se disent français mais finalement n’ont plus de français que le nom parce qu’ils quittent le pays ». A tous ceux qui louent DSK, salut !

Dès la fin du congrès, le PS est pitoyablement retombé dans ses vieilles batailles. La renovation ? Les idées nouvelles ? Les propositions concrètes ? Rien, nichts, nada. Retour aux bonnes vieilles recettes : critiques vides et chasse aux sorcières. L'exemple de Manuel Valls témoigne bien du désarroi et de l’incohérence dans lesquels  sont plongés les députés PS. Alors que ce dernier a écrit, dans Le Monde du 22 mai dernier avec seize autres députés socialistes, une tribune intitulée « Donnons une chance à la réforme » déclarant ouvertement vouloir voter pour la réforme des institutions, il se met à voter non le jour du congrès. Pire, il publie deux jours après le vote, le 23 juillet 2008, avec trois autres députés et toujours dans Le Monde, une nouvelle tribune intitulée « Occasion manquée pour le parti socialiste » dans laquelle il critique violemment l’attitude du PS envers la droite lors de ce congrès, allant jusqu’à dénoncer « un
anti-Sarkozysme pavlovien ». Manuel Valls ou comment pousser la contradiction à son paroxysme. Quelle immense lâcheté de sa part que de dire je vote oui, voter non, et critiquer le non a posteriori ! Mais surtout, quelles pressions ont-ils, lui et ses camarades réfractaires, dû subir pour être amené à voter contre leurs convictions pourtant ouvertement affichées la veille et inchangées le lendemain! L’unité du PS que Jean-Marc Ayrault s'est empressé de faire remarquer a été acquise non par conviction générale partagée mais par la menace dès lors que les intentions de vote s’éloignaient de la ligne fixée par le parti. Manuel Valls peut en témoigner.

Pauvre parti socialiste qui oublie que la Constitution c’est la République et non un histoire de camp politique. Monsieur Valls devrait savoir qu‘il vaut mieux trahir son parti que ses idées, car la conscience se contente difficilement de l’inverse. Mais dans le fonds son attitude est à moitié compréhensible quand on voit le sort réservé à Jack Lang qui, lui, a courageusement voté en accord avec ces idées. D’ailleurs, comment aurait-il pu faire autrement, lui qui a directement participé a l'écriture de ce texte? Il a estimé voter conformément à sa conscience et à la vision mitterandienne des institutions et le voilà lynché, lâché, limogé. Voilà que les ténors du PS demandent son départ, condamnent sévèrement sa « trahison » (Royal), ou font part de leur « honte » (Dray). Voilà qu’un texte commun de « blogueurs socialistes » diffusé par lang.jpgMarc Vasseur décrète qu’« à compter du 21 juillet 2008 et suite à l’adoption d’une révision constitutionnelle menant à une impasse démocratique par la seule voix de Jack Lang, nous, militants socialistes, blogueurs estimons que ce dernier ne peut plus se prévaloir de l’étiquette socialiste. »

Le socialisme serait donc désormais devenu une étiquette que l’on pourrait retirer à tout instant et qui dépendrait d’un simple vote sur une réforme constitutionnelle. Misérable gauche française, perdue dans ses contradictions, violente dans ses critiques, incapable de formuler un projet idéologique viable, et sectaire jusqu'à la moelle au point de violemment rejeter un de ses plus anciens camarades pour avoir simplement voté en faveur d’une révision constitutionnelle qu'elle n'a pas proposé.

MSB

vendredi, 11 juillet 2008

Le tracé du mur

Le conflit israélo-palestinien a trop duré et est trop complexe pour pointer un seul coupable. Depuis soixante ans et des milliers de morts, les torts sont partagés et il ne faut pas céder à la facilité du jugement rapide en adoptant une approche manichéenne. Aujourd’hui, il y a pourtant, au milieu de la carte du Proche-Orient, une grosse tâche. Ou plutôt un gros mur sinueux, haut et épais. Israel a commencé sa construction durant l'été 2002, afin de se protéger des attentats terroristes qui frappaient sans relâches ses habitants. Le principe du mur peut être défendable puisqu’il répond à un impératif de sécurité visant à mieux contrôler les entrées sur le territoire israélien. Les américains font bien la même chose sur la frontière avec le Mexique. Oui mais voilà, et c’est là toute la différence, les Etats-Unis n’en ont pas profité pour rattacher Ciudad Juarez ou Mexicali à leur territoire.

 

L’ONU vient tout juste de publier un rapport sur la « barrière » et dont les conclusions sont révoltantes. Le tracé du mur totalise Mur israelien.jpg723 kilomètres de long, soit bizarrement deux fois la longueur de la frontière de 1949 séparant Israel des territoires palestiniens. Le mur est plus long car il ne suit pas la frontière, 87% de son tracé entre directement en Cisjordanie. Pour mesurer l’ampleur du drame, il faut regarder la carte fournie par l’ONU (cliquer sur image ci-contre). Le rapport affirme qu'à cause de ce mur 9,8% de la Cisjordanie et 285 000 palestiniens se retrouvent de facto rattachés au coté israélien. Ils peuvent certes franchir le mur en passant par des barrages, mais l’accès est « extrêmement limité » par les longs contrôles et l’obtention très difficile de laisser-passer. De plus, l’ouverture des barrages dépend uniquement de la volonté israélienne, leur fermeture peut être à tout moment effective pour une durée indeterminée. Selon l’ONU, le tracé rentre parfois à plus de 18 kilomètres à l’intérieur des terres palestiniennes pour intégrer des colonies, ajoutant que ce sont près de 420 000 colons israéliens en Cisjordanie qui vont être ainsi physiquement rattaché à Israel.

 

Ce tracé est scandaleux car ce qui était autrefois présenté comme un impératif de sécurité est aujourd’hui aussi et surtout devenu un prétexte pour prendre en catimini des terres aux palestiniens. En septembre 2003, l’Assemblée générale de l’ONU a d'ailleurs fait voter une résolution demandant à Israel d'arrêter la construction du mur. En juillet 2004, la Cour de Justice Internationale (CJI) a délibéré, estimant que « Israel a le droit, et même le devoir, de prendre des mesures pour protéger la vie des ses habitants, mais elles doivent être prises en conformité avec le droit international en application », dès lors, constatant une multitude d’infractions aux accords de Genève de 1949, elle appela Israel à « cesser immediatemment la construction du mur (...) et demanteler toutes les parties situées en Cisjordanie » demandant aussi « de versermur mur.jpg des dommages à la population palestinienne ». Malheureusement les avis de la CJI ne sont pas légalement contraignants et Israel s’est bien gardé de l’écouter. Pourtant, même la Cour Suprême israélienne a exigé à trois reprises, entre 2005 et 2007, le déplacement de certaines tranches du mur car il « nuit de manière disproportionnée aux Palestiniens ». En vain.

 

Ce mur a certes permis une chute drastique du nombre d’attentats commis sur le sol israélien, mais à quel prix pour les palestiniens ? Des Rafat.jpgvillages, des écoles, des familles entières se retrouvent divisées. A Jayyus, les paysans sont séparés de leurs oliviers et de leurs sources d'irrigation. Rafat se retrouvera bientôt encerclée (cliquer sur image ci-contre). Sans parler de Jerusalem. Ce mur ne fera qu'empirer une situation économique déjà très critique dans les territoires. Il représente un obstacle lourd et grave à la paix et la surdité obstinée ne grandit pas Israel. Les populations coupées de la Cisjordanie migrent pour éviter une situation invivable délaissant leurs terres aux colons israéliens déjà trop nombreux en Cisjordanie, où ils ne devraient pas être. Pourtant, ce mur représente trop d’investissements et trop d’avantages pour qu’Israel le démantèle rapidement, malgré les demandes internationales et nationales pour mettre fin à cette injustice criante. L’Etat Hébreux érige doucement mais sûrement un mur au tracé honteux et cela en sa défaveur car si sur le court terme il lui donne l'illusion d'oeuvrer pour sa sécurité, à long terme il sape tout fondement pour une paix durable en humiliant et divisant de la sorte le peuple palestinien.

 

MSB

mardi, 01 juillet 2008

Europe 2.0

Les trois derniers nons européens - l’irlandais, le français et le hollandais - sont en partie imputables à l’excès de caricature et la confusion des arguments qui ont induit beaucoup d’électeurs en erreur. Dans les trois pays, certains partis et leaders d’opinions ont présenté ce traité comme un cheval de troie irrévocable de toutes les menaces extérieures. Ceux qui réclament à tout prix une ratification par référendum devrait d’ailleurs y réfléchir à deux fois car faire le choix du référendum pour un traité aussi long c’est tenter le diable du détournement de vote qui fait beaucoup de mal à la démocratie. D’où le choix intelligent - et non moins démocratique - de tous les autres pays européens de passer par les parlementaires, plus compétent dans ce cas précis que le simple citoyen pour juger d’un traité aussi complexe. A la racine des non français et hollandais il y avait aussi la peur - infondée - d’une Europe trop « libérale » et l’occasion en or pour les citoyens mécontents de sanctionner leur gouvernements au détriment de l’Europe.

 

no lisbon.jpgLe non irlandais se démarque de ses deux homologues, car il n’est pas une sanction des dirigeants - le premier ministre irlandais est nouveau - ni une barrière au « libéralisme », car les électeurs savent que sans l’Europe et le fameux libéralisme ils ne seraient pas le tigre irlandais tant glorifié. C’est un non à la poursuite de l’Europe, un non de la crainte d’une nouvelle Europe alors que règne là-bas le contentement de l’acquis, en témoigne un slogan récurrent durant toute la campagne : « Europe did us well, let’s keep it that way ! ». Les irlandais n’ont en vérité rien à reprocher à l’Europe, au contraire ils en sont tellement satisfaits qu’ils veulent la laisser telle quelle. Voilà la véritable signification du non.

 

Le vote irlandais et le sur-place politique européen révèlent-t-ils dès lors les limites politiques de l’Europe ? Oui, répond clairement The Economist qui titre tout simplement « Bury it » conformément à la conception anglo-saxonne d’une Europe purement mercantile. Il est vrai que l’esprit européen est bien mal en point, chahuté par des élections européennes boudées par des électeurs désillusionnés, des dirigeants et médias nationaux tapant sur l’Europe tel un punching ball, et ce terme désormais insultant de « technocrate de Bruxelles ». Pas étonnant que ses citoyens se méfient de plus en plus d’une Europe qu’ils ne lisent plus que dans des termes lapidaires, elle paraît si lointaine qu’elle cristallise facilement toutes sortes de peurs dans l’imaginaire de l'électeur. Le grand malheur est que ce traité est paradoxalement rejeté à cause des critiques de manque de visibilité adressée à l’Europe alors qu’il est justement la clé pour y remédier et la rendre plus efficace.

 

drapeau europe.jpgQue faire à présent pour éviter une Europe politique minimale ? Certes, on pourrait faire revoter les irlandais, comme ils l’ont déjà fait pour Maastricht alors que le taux de participation était trop faible. Cette fois-ci il était de 54%, ce qui n’est pas mirobolant mais tout de même respectable pour un scrutin européen. Néanmoins un deuxième référendum irlandais serait trop dommageable pour l’Europe dans le sens où cela reviendrait à demander aux irlandais de revoter en sachant que la seule réponse valable est le oui. Et si le non l’emportait à nouveau ? Tout cela serait catastrophique pour l’image déjà bien entamée d’une Europe à l’écoute de ses peuples. L'option de la renégociation est aussi à éviter car il n’y a plus rien à négocier à part le retrait pur et simple du texte.

 

En fait, le vrai problème est celui de l’unanimité. Un pays sur vingt-sept qui n’est pas d’accord et tout est remis en cause. Osons proposer l’instauration du scrutin majoritaire - qualifié si necessaire - pour ratifier ce traité et ceux qui suivront. Si une certaine majorité de pays se prononce en faveur, alors le traité entre en vigueur pour tous. Cela va certes à l’encontre des traditions et des cadres juridiques qui veulent que chaque pays ratifie un à un les traités internationaux, mais les lois et les traditions sont là pour être changées surtout quand l’Europe politique est à ce point bloquée.

 

Suivant la même logique, pourquoi ne pas organiser, tel que le propose Bronislaw Geremek dans une tribune du Monde du 27 juin 2008, un référendum européen où tous les citoyens européens répondraient à la même question le même jour ? Quoi de mieux pour rétablir un lien direct et clair entre les européens et l’Europe ? Même si sa réalisation suppose que chaque pays change sa législation, quoi de mieux qu’un référendum à l'échelle européenne pour éviter que les intérêts nationaux prennent en otage l’Europe ? Quoi de mieux pour recréer un sentiment unitaire européen que donner à tous la même voix le même jour pour répondre à la même question ? Le souffle nouveau dont a terriblement besoin l’Europe passe par un nécessaire chamboulement complet des habitudes électorales, seul moyen de ramener les électeurs vers les urnes européennes, car si ils boudent l’Europe c’est parce qu’elle leur tourne trop le dos. « Give people a real challenge and they will come out and vote » disait Tony Blair. Faisons le choix courageux du défi et laissons l’Europe directement consulter ses citoyens, ils lui répondront massivement par eux-mêmes surpris de ce dialogue direct qu’il réclament tant.

 

MSB

Toutes les notes