mardi, 24 juin 2008
Le prix du petrole et la spéculation selon Krugman

Voici une magnifique analyse du (très) grand Paul Krugman sur le prix actuel du pétrole. Une clarification indispensable alors que la hausse du baril de pétrole alimente les imaginations les plus folles quant à ses causes. On ne peut être plus clair, c'est un régal:
"OK, one more try. First of all, I don’t have a political dog in this fight. I’m happy to believe that crazy speculation distorts markets. And I do think it’s likely that oil prices will come down, for a while, once consumers have a chance to respond more fully to high prices by changing their driving habits, switching to smaller cars, etc..
But the mysticism over how speculation is supposed to drive prices drives me crazy, professionally. So here’s my latest attempt to talk it through. Imagine that Joe Shmoe and Harriet Who, neither of whom has any direct involvement in the production of oil, make a bet: Joe says oil is going to $150, Harriet says it won’t. What direct effect does this have on the spot price of oil — the actual price people pay to have a barrel of black gunk delivered? The answer, surely, is none. Who cares what bets people not involved in buying or selling the stuff make? And if there are 10 million Joe Shmoes, it still doesn’t make any difference.
Well, a futures contract is a bet about the future price. It has no, zero, nada direct effect on the spot price. And that’s true no matter how many Joe Shmoes there are, that is, no matter how big the positions are. Any effect on the spot market has to be indirect: someone who actually has oil to sell decides to sell a futures contract to Joe Shmoe, and holds oil off the market so he can honor that contract when it comes due; this is worth doing if the futures price is sufficiently above the current price to more than make up for the storage and interest costs.
As I’ve tried to point out, there just isn’t any evidence from the inventory data that this is happening. And here’s one more fact: by and large, futures prices over the period of the big price runup have been slightly below spot prices. The figure below shows monthly data from the EIA; as the spot price shot up, the futures price (that’s contract 4, the furthest out) actually lagged a bit behind. In other words, there hasn’t been any incentive to hoard."

00:13 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : krugman, petrole, spéculation
mardi, 03 juin 2008
La vérité sur les émeutes de la faim
Mauvaises récoltes, biocarburants, spéculation, explosion démographique. On a tout entendu sur la hausse du prix des produits alimentaires de base comme le blé, les céréales et le riz. Le sujet est suffisamment grave - Dominique Strauss-Kahn a prévenu que « des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim » - pour ne pas céder à la caricature et à la simplicité des arguments intuitifs mais faux. Si le prix de ces trois aliments basiques de l’alimentation à fortement augmenté depuis un an c’est tout d’abord parce que leur demande explose alors que l’offre ne suit pas. La spéculation joue certes son rôle, mais elle n’est qu’un effet minimal plutôt qu’une cause, agissant sur un marché
déjà soumis à de fortes tensions. Si la demande explose, ce n’est pas non plus à mettre sur le dos des biocarburants comme tant d’experts s’amusent à le répéter à longueur de journée. Certes il est scandaleux qu’au nom d’une course à l’écologie on oublie les priorités qui sont de nourrir la planète avant d’essayer de la sauver, mais on estime que les biocarburants sont seulement responsables de 10 à 20% de la hausse totale du prix des céréales. Pas de quoi en faire le suspect numéro un du bond des prix.
D'où vient alors cette hausse de demande qui fait tant monter les prix ? La cause réelle est à rechercher dans les pays en voie de développement et/ou les nouveaux pays industrialisés (NPI). Les populations de ces pays - tels la Chine, l’Inde, le Vietnam et de nombreux pays africains - sont doucement mais sûrement en train de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Cela se traduit par un pouvoir d’achat qui s’élève progressivement et qui fait changer la physionomie du premier poste budgétaire des foyer pauvres qu'est l’alimentation. Prenons l’exemple de la Chine, l’émergence d’une classe moyenne qui est estimée aujourd’hui à deux fois la population de la France provoque un chamboulement de consommation alimentaire. Alors qu’en moyenne un Chinois consommait 131 kg de blé par an en 1990, il n’en consomme plus que 76 kg par an en 2006. Cela devrait avoir pour effet de réduire la pression sur la demande et sur les prix puisque les quantités consommées se réduisent. Que neni ! En fait si le Chinois moyen consomme aujourd’hui moins de blé ce n'est pas parce qu'il mange moins, c’est parce qu’il mange autrement, ce qu'il ne consomme plus en blé il le compense par d'autres aliments . Ainsi, il a, sur la même période, multiplié par trois sa consommation de poulet et par quatre sa consommation de lait.
Et c'est là que tout le problème s’explique : l’élevage est très consommateur de ces produits que sont le riz, le blé et les céréales. On estime par exemple que pour fabriquer un kilo de viande, il faut 8 kilos de blé et cela est tout aussi valable pour le lait. En mangeant plus de viande le chinois consomme donc indirectement huit fois plus de blé qu'auparavant. La boucle est donc bouclée : dans un état de pauvreté, blé, céréales et riz sont les trois composants principaux des repas, en sortant de la pauvreté la consommation de ces aliments de base est directement réduite avec la hausse du pouvoir d’achat qui rend d’autres aliments plus nutritifs abordables. Cependant, et là est toute la réponse, en consommant plus de viande et de produits laitiers, la consommation des trois aliments de base est indirectement bien plus élevée qu’auparavant !
Un partie des populations des pays en voie de développement mange mieux et plus varié ce qui a pour effet indirect de consommer beaucoup plus de produits de base. Cela est valable pour beaucoup de pays similaires qui connaissent une très forte croissance, la richesse de ces populations augmentant, leurs habitudes alimentaires changent et se rapprochent des nôtres. En clair, les pays en voie de développement sont réellement en train de se développer et leur population mangent de plus en plus comme nous. Voilà la véritable cause de la hausse des produits alimentaires de base.
La question qui se pose désormais est celle de la hausse de la production pour suivre la demande et pour permettre à ceux qui sont encore dans la pauvreté de ne pas subir de plein fouet par les prix le développement d'une partie du monde. Comment dès lors faire face à de tels changements alimentaires dans le tiers monde ? Comment donner à ces pays les clés pour répondre eux-mêmes à
leurs nouveaux besoins alimentaires ? De telles questions mènent à un autre débat qu’il faudra commencer à aborder un jour ouvertement en oubliant les préjugés et les hantises imaginaires mais en prenant conscience que des milliers de vie peuvent être sauvées. Ce débat porte sur trois initiales: OGM.
MSB
12:15 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : faim, émeutes, biocarburants, ogm, blé, riz, céréales

