mardi, 30 octobre 2007

A la retraite les grèves !

a7f62244668c901a5d9a97988ecbb923.jpgLes grèves font leur réapparition en France. Vu les circonstances actuelles on ne peut paradoxalement que s’en réjouir. En effet, les appels à la grève actuels sont moins un signe inquiétant d’un climat social qui se détériorerait que la preuve que le gouvernement fait bouger les choses. Face à la nécessité du changement reconnue par tous, mieux vaut un pays réformateur qui subisse la menace des grèves qu’un pays peureux qui craint les réformes et ne change rien. Si on retrouve les grèves c’est parce que certaines bases auxquelles on n’a pas osé toucher depuis longtemps sont remises en question. Il était temps et forcément ça ne plaît pas à tout le monde.

Revenons d’abord sur le principe de la grève. Reconnu depuis 1864 comme un droit fondamental en France, le but premier d’une grève est de dénoncer une mesure jugée inacceptable. Plus que la simple dénonciation, la grève se réserve un coté beaucoup plus contraignant dans la mesure où l’arrêt de travail fait perdre du temps et de l’argent à l’ensemble de l’organisation concernée, obligeant ainsi les dirigeants à trouver rapidement une solution. Véritable ventilateur du dialogue social, elle est donc beaucoup plus efficace que n’importe quel autre moyen de dénonciation. Finalement la grève c’est embêter tout le monde pour dénoncer et tenter d’éliminer une injustice. Jusque là tout va bien. Quant la condamnation de l’injustice est fondée la grève a lieu d’être et il est légitime que les grévistes la dénoncent. Mais le problème se pose de manière très sérieuse quand l’injustice en question n’en est pas une. Pire, quand l’objet de la grève - la soit-disant injustice - se révèle être en fait un avantage exorbitant auquel les grévistes sont trop attachés pour s’en séparer, la grève est tout sauf compréhensible et elle dépasse son bien-fondé pour devenir véritable prise d’otage.

Oui les régimes spéciaux de retraites sont bien des avantages exorbitants. Mais avant d’en parler il convient de signaler89c404f476b8440548b85ed5ac812bb3.jpg que tous les régimes de retraite sont confrontés aux mêmes problèmes : les évolutions démographiques font qu’il y a aujourd’hui plus de retraités que de cotisants et que si rien ne change les retraites ne seront plus assurées, il faut donc faire quelque chose nous n'avons plus le choix. Trois solutions se présentent: baisser le montant des retraites, augmenter les cotisations, ou augmenter la durée des cotisations. Pas question de rabaisser le montant des retraites cela va de soit. Quant à faire augmenter les cotisations, cela plomberait trop les salaires. Il faut donc augmenter la durée de la cotisation. C’est tout logiquement cette dernière qui a été retenue en France et partout en Europe. Les progrès de la médecine faisant reculer l'espérance de vie et donc l'âge de départ a la retraite, ils rendent plus facile cet allongement. C’est ainsi que en 1992, Edouard Balladur - anticipant le problème - a augmenté la durée de cotisation des salariés du privé de 37 à 40 ans. Francois Fillon en a fait de même - non sans mal - pour le public en 2002. c711b9ddd0a9a0819c27ecce5f4e0459.jpgAujourd’hui, même si ces grandes réformes indispensables ont fait beaucoup de bien au financement des retraites, il semble qu’elles ne suffisent pas puisque la commission de garantie des retraites - créée par François Fillon pour surveiller l’état de leur comptes – vient de préconiser un passage pour tous à 41 années de cotisations pour assurer les retraites de tout le monde. On voit bien a quel point la situation est délicate et la nécessité de faire des efforts en plus de ceux déjà faits.

Cependant les régimes spéciaux résistent encore et toujours à la réforme et aux efforts. Le régime spécial des parlementaires est enfin en train d’être mis sur le même pied que les autres. C'était la moindre des choses. Mais il en reste certains comme les régimes spéciaux de EDF-GDF, la SNCF, la RATP et la Comédie Française. Pourtant le problème est encore plus inquiétant pour eux puisque non seulement ils sont encore à 37 ans de cotisation mais qu’il n’y a en plus que 500 000 cotisants pour 1 300 000 retraités actuellement. Double problème, qui nécessiterait une solution rapide et plus que radicale pour combler le gros manque de financement de ces  retraites. Mais comme rien n’a été changé depuis leur création - pas même la prime au charbon alors que les trains au charbon c’est fini - c’est donc l’état et indirectement nous qui finançons ces régimes spéciaux. Au final non seulement nous payons leurs retraites mais en plus nous subissons leurs grèves lorsqu’on leur demande de faire comme nous, c’est-à-dire de faire des efforts pour qu’ils puissent assurer leurs retraites tout seuls comme le reste des français.

d1fb97f8dd21a19d2187d135edf3300b.jpgLeur grève est donc complètement injustifiée. Ce privilège qu’ils ont date d’il y a 60 ans, il faut qu’ils s’adaptent à la situation démographique actuelle. Ils devraient vraiment être heureux de les avoir gardé aussi longtemps, et il est normal qu’aujourd’hui - au nom de la gravité de la situation du financement, de la solidarité nationale et surtout de l’égalité des citoyens - on leur demande de faire des efforts comme tout le monde. Leur grève est totalement injustifiée et ils ont le culot - eux qui font le moins d’efforts - de prendre en otage ceux qui en font le plus depuis bien plus longtemps...

MSB