vendredi, 22 juin 2007
Pétition aveugle
„Comme l’ont souligné les historiens démissionnaires des instances officielles de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, associer « immigration » et « identité nationale » dans un ministère n'a jamais eu de précédent dans l'histoire de la République : c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme « problème » pour la France et les Français dans leur « être » même.
En tant que citoyens, ce rapprochement nous inquiète car il ne peut que renforcer les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. De notre point de vue, l'identité nationale constitue, aujourd’hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d'un ministère.
Le décret du 31 mai 2007 qui définit les compétences de ce nouveau ministère montre, de surcroît, que les effets institutionnels dépassent la seule question de sa dénomination. Ainsi, ce ministère, qui détient en priorité des pouvoirs de police et de contrôle est aussi chargé de « promouvoir l’identité nationale » et de définir « une politique de la mémoire » dans le domaine de l’immigration. Il dispose d’une autorité complète et nouvelle sur l’asile politique et d’une autorité partagée sur une multitude d’administrations, y compris sur la « direction de la mémoire, du patrimoine et des archives » du ministère de la Défense.
Cette confusion des rôles et des fonctions est inadmissible et inquiétante. Nous protestons énergiquement contre la dénomination et les pouvoirs dévolus à ce ministère et demandons solennellement au Président de la République de revenir à des choix plus conformes aux traditions démocratiques de la République française.“
Ministère de l’immigration et de l'identité nationale. Où, s’il vous plaît, ce titre stipule-t-il que l’immigration est un problème pour l'identité nationale? Nulle part. Mettre les deux dans un même ministère ne veut nullement dire que l’un est une menace pour l’autre mais plutôt, dans ce cas, que les deux sont liés voire complémentaires. Ceux qui sont offusqués par ce titre auraient du l'être tout autant par celui du ministère de la jeunesse et des sports. Quelle honte de lier jeunesse et sport alors que les personnes agées font aussi du sport, c’est de la discrimination! Scandale! On voit bien à travers cet exemple que jouer seulement sur les mots de l’intitulé d’un ministère n’a aucun sens. Ce qui compte uniquement c’est ce qui est fait dans ce ministère, pas comment il s’appelle.
Le but du ministère de l’immigration et de l'identité nationale et celui de son ministre Brice Hortefeux est d'intégrer les immigrants dans la société française avec ses valeurs. La société française a besoin d’immigration pour continuer à respirer, mais l’immigration, à son tour, a besoin de repères pour s'intégrer. Elle doit être guidée pour apprendre ce qu’est la France, son socle de valeurs et principes qui forment son identité, que l’on doit respecter et qui lui permet d'être ce savoir-vivre commun qu’est la nation française aujourd’hui. On voit donc bien qu’il y a un lien clair et net entre immigration et identité nationale, un lien qui n’est pas problématique mais au contraire complémentaire. C'est un fait, les immigrants que nous accueillons aujourd’hui feront intégralement partie de la France demain. Pour s’assurer qu’ils ne dérivent pas vers le piège dangereux et solitaire du communautarisme il faut les aider et les guider dans leur intégration, et c’est justement le travail de ce ministère. Ce qui serait véritablement scandaleux, c’est de les laisser livrés a eux-mêmes.
MSB
12:50 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Immigration, Petition, France
mercredi, 13 juin 2007
Mission opposition
Au lendemain du premier tour des élections législatives 2007, l’ensemble de la gauche s’est immédiatement fait le relais de l’argument qui consiste à dire que voter pour le PS au second tour c’est se battre pour la démocratie. A les écouter, un parlement avec une trop grande majorité de droite irait donc à l’encontre de la démocratie. Dire cela est totalement faux et surtout honteux. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’ils disaient quand en 1981 le parlement a vu une vague rouge s’abattre sur lui. Ce n’est pas non plus ce qu’il disaient en 2005 lorsque vingt des vingt-deux régions françaises passaient à gauche. Et ils avaient raison de ne pas le faire vu que c’est le peuple français qui a décidé démocratiquement ces résultats. Cela vaut aussi pour ces législatives, mais dès lors que les rôles sont inversés, cela devient dangereux pour la démocratie aux yeux du PS. Ce genre de logique mène tout droit à dire que ceux qui votent à droite lors de cette élection votent contre la démocratie. Autrement dit, si vous n'êtes pas à gauche avec nous alors vous êtes avec eux contre la démocratie. Ce sont en fait de telles tentatives de culpabilisation des électeurs qui vont à l’encontre de la démocratie, de la liberté d’opinion et surtout de la tolérance. Ce n’est pas parce que les idées d’en face gagnent en masse qu’elles deviennent par là-même antidémocratiques!
Ce que le PS réclame en vérité de manière très maladroite et polémique, c’est l’indispensable présence de contre-pouvoir face à une majorité écrasante au parlement. Bien sûr qu’il en faut. Mais à l’inverse de ce qu’ils demandent, ce n’est pas aux français de garantir ce contre-pouvoir par leur vote. C’est le PS lui-même qui doit le garantir aux français au travers de son attitude. Car le contre-pouvoir qu'est l'opposition se mesure moins en nombre de voix qu’en attitude. Il y en effet opposition et opposition. Opposition aveugle et frontale et opposition constructive et argumentée. La première n’est que figuration, la seconde remplit dignement son rôle. C’est donc d’abord à la gauche, et non aux français, de faire des efforts afin de voir une vraie opposition digne de ce nom se dessiner au parlement. Le PS ne doit pas continuer son attitude, devenue habituelle ces dernières années, d’opposition frontale, attitude vide et bornée qui a d’ailleurs déplu aux français et qui le lui ont bien montré lors des élections.
Il faut donc désormais une opposition qui fasse passer l'exigence de vérité et de responsabilité
avant l'intérêt partisan qui critique automatiquement tout ce qui vient d'en face. A ce sujet, Pierre Rosanvallon, dans La Contre-Démocratie dit à juste titre: “L’opposition ne peut jouer efficacement son rôle que si elle ne se contente pas de dénoncer pleinement et aveuglement l’action du gouvernement en exercice, mais si le caractère argumenté de sa critique lui permet d’exercer un véritable contre-pouvoir en contraignant fortement la majorité. Cela l’oblige elle-même en retour: elle doit à sont tour convaincre qu’elle a raison contre le gouvernement et qu’elle sera capable de mieux diriger le pays”. Tant que le PS ne remplira pas ces exigences, alors effectivement il n’y aura pas d’opposition digne de ce nom au parlement. Ainsi, plutôt que de crier à la disparition de la démocratie, le PS devrait s’efforcer de correspondre à la stature de ce genre d’opposition plutôt que de faire culpabiliser les français face aux urnes. Et cela passe par une refondation indispensable (voir article La Rose perdue).
Mais il y a d’autre possibilités pour mettre en place un contre-pouvoir en France. La proposition de l’UMP de donner la présidence de la commission des finances de l'Assemblée Nationale à une personne issue de l’opposition est un pas important dans ce sens, proposition que la gauche s’est d’ailleurs bien gardée de faire lorsqu’elle était à son tour dans la majorité. D'autres moyens plus radicaux permettant d'augmenter l'efficacité d'un contre-pouvoir sont envisageables. L’exemple de la Grande Bretagne est très instructif. Le shadow cabinet est un gouvernement-miroir virtuel formé au parlement par l’opposition face au gouvernement investit. Le véritable ministre doit consulter son homologue virtuel de l’opposition régulièrement. Si le ministre n’est engagé à rien à l’issue de ces rencontres, la simple discussion entre les deux permet d’ouvrir le champs des idées, de débloquer le dialogue, et d’obliger l’opposition à la cohérence et à la responsabilité. Ces “rôles partagés” entre opposition et majorité ont été institués dès 1923 en Angleterre en plus des journées de l’opposition -qui détermine ce jour-là les thèmes de la discussion parlementaire-, les présidences de commission -ce que Sarkozy commence à mettre en place-, et l'accès pour l’opposition à des documents classifiés.
Toutes ces propositions empêchent d’un coté la fermeture stérile de l’opposition sur elle-même en l’obligeant à exercer une critique responsable et réfléchie, et de l’autre la majorité à l'écoute et à la prise en compte d'idées divergentes. Le parlement devient dès lors un vrai lieu d'échange et de débat au sein de la vie politique. “S’opposer n’est autre que proposer, une opposition sans proposition n’est qu’un mouvement d’humeur” disait l'écrivain Robert Sabatier. Plus qu’un
changement au sein des institutions, c’est d’abord le PS qui devra laisser ses humeurs diverses et variées de coté et commencer à faire des propositions réalistes pour avoir un vrai débat politique avec une opposition qui incarne un réel contre-pouvoir. Non pas pour sauvegarder la démocratie puisqu'elle n'est en danger, mais pour instaurer un débat politique sain qui manque cruellement aujourd'hui.
MSB
13:05 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : Rosanvallon, Opposition, Sarkozy, Sabatier, PS
mardi, 05 juin 2007
L'héritage Chirac
Après douze années passées à la tête de la France , Jacques Chirac a quitté le palais de l'Élysée. Rares sont les médias qui ont déjà essayé de porter un jugement sur son bilan. C’est sûrement parce que son départ est encore trop chaud. Mais afin d'éviter la bêtise de juger son bilan trop à froid, lorsque le temps nous aura fait oublier bien des choses, voilà ce que l’on peut aujourd’hui retenir de lui.
Jacques Chirac est un homme qui aime la bataille pour le pouvoir, il excelle dans ce domaine. Mais, tel un Dom Juan de la politique, une fois que le défi - la conquête du pouvoir - est gagné, la pratique de ce dernier se révèle beaucoup moins passionnante. Tout commencait pourtant bien: arrivé à la présidence en 1995 alors qu’il était donné mort et enterré politiquement par tous les médias, il s’est rapidement mis au travail avec les réformes des retraites du privé et le gel des fonctionnaires, entreprises par son premier ministre Alain Juppé. Suivirent les immenses grèves de l’hiver 1995-1996, puis la capitulation du gouvernement, la bêtise de la dissolution de l’assemblée et enfin le départ de Juppé. Hanté par cette rebellion massive de la rue et handicapé par un gouvernement qui n’est plus de son bord, Jacques Chirac va désormais s’efforcer de tout faire pour ne pas contrarier le peuple français. Dorénavant, les décisions sont donc prises dans le but premier de ne se mettre personne à dos, au détriment de l'intérêt général de la France . Et à force d'avancer doucement sans brusquer personne pour rendre tout le monde heureux, on raye une à une de l'agenda les réformes qui sont pourtant cruellement indispensables. D’ailleurs, en 2002, son maigre bilan lui assure le plus petit score jamais enregistré par un président sortant au premier tour d'une présidentielle. Se réélection il la doit plutôt à Jean-Marie Le Pen. Cette fois-ci, même avec un gouvernement de droite, la politique affichée - et dont l’efficacité est discutable - de faire “une grande réforme par an” se transforme rapidement en “une petite réforme par an” lorsqu’elle ne termine pas en capitulation devant le moindre signal de mécontentement de la rue (réforme du bac, cpe, etc.).
Au final, sur les dernières années, il a véritablement fini par fausser sa propre appartenance politique et par la même le clivage politique français. Quelques uns le voyaient à droite, d’autres à gauche, certains au centre. En absence de décisions claires et concrètes ainsi que d’un cap fixe revendiqué, la présidence s’est lâchement endormie. Et c’est bien l'état de somnolence de son ancien leader qui explique en partie le réveil de la droite et la rupture qui s’appuye sur l’exemple de cette mollesse présidentielle chiraquienne pour promettre du mouvement et du changement courageux. Bien sur, il y a aussi indéniablement dans le bilan de Jacques Chirac des points positifs et il ne faut surtout pas les oublier. Le non à la guerre en Irak. La professionnalisation de l’armée. La qualification de la France pour la monnaie unique. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs. Ses efforts pour l’Afrique. Tout cela n’est pas rien. Mais en 12 ans de pouvoir ca reste très maigre.
Jacques Chirac, à force de pratiquer la politique de la conciliation à tout va, n’a pas fait bouger grand chose alors que la France perdait continuellement du terrain. Néanmoins, l’Histoire, le gardera sûrement en mémoire comme un grand président qui a oeuvré pour la paix dans le monde et d’une certaine façon pour l’écologie, quand à Johannesburg il est le premier à tirer la sonnette d'alarme: rappelez-vous du désormais célèbre “notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Sur le plan interne le bilan est plus sombre, et si Nicolas Sarkozy a été élu avec un programme aux milles réformes c’est bien parce que elles n’ont malheureusement pas été réalisées avant. Pour finir avec un brin d’ironie et beaucoup d'exageration, on peut dire qu’à l’inverse de Tony Blair qui a tout bien fait sauf l’Irak, Jacques Chirac a tout mal fait sauf l’Irak.
MSB
12:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chirac, Sarkozy, Juppe, Reformes, Blair, Courage

