vendredi, 11 juillet 2008
Le tracé du mur
Le conflit israélo-palestinien a trop duré et est trop complexe pour pointer un seul coupable. Depuis soixante ans et des milliers de morts, les torts sont partagés et il ne faut pas céder à la facilité du jugement rapide en adoptant une approche manichéenne. Aujourd’hui, il y a pourtant, au milieu de la carte du Proche-Orient, une grosse tâche. Ou plutôt un gros mur sinueux, haut et épais. Israel a commencé sa construction durant l'été 2002, afin de se protéger des attentats terroristes qui frappaient sans relâches ses habitants. Le principe du mur peut être défendable puisqu’il répond à un impératif de sécurité visant à mieux contrôler les entrées sur le territoire israélien. Les américains font bien la même chose sur la frontière avec le Mexique. Oui mais voilà, et c’est là toute la différence, les Etats-Unis n’en ont pas profité pour rattacher Ciudad Juarez ou Mexicali à leur territoire.
L’ONU vient tout juste de publier un rapport sur la « barrière » et dont les conclusions sont révoltantes. Le tracé du mur totalise
723 kilomètres de long, soit bizarrement deux fois la longueur de la frontière de 1949 séparant Israel des territoires palestiniens. Le mur est plus long car il ne suit pas la frontière, 87% de son tracé entre directement en Cisjordanie. Pour mesurer l’ampleur du drame, il faut regarder la carte fournie par l’ONU (cliquer sur image ci-contre). Le rapport affirme qu'à cause de ce mur 9,8% de la Cisjordanie et 285 000 palestiniens se retrouvent de facto rattachés au coté israélien. Ils peuvent certes franchir le mur en passant par des barrages, mais l’accès est « extrêmement limité » par les longs contrôles et l’obtention très difficile de laisser-passer. De plus, l’ouverture des barrages dépend uniquement de la volonté israélienne, leur fermeture peut être à tout moment effective pour une durée indeterminée. Selon l’ONU, le tracé rentre parfois à plus de 18 kilomètres à l’intérieur des terres palestiniennes pour intégrer des colonies, ajoutant que ce sont près de 420 000 colons israéliens en Cisjordanie qui vont être ainsi physiquement rattaché à Israel.
Ce tracé est scandaleux car ce qui était autrefois présenté comme un impératif de sécurité est aujourd’hui aussi et surtout devenu un prétexte pour prendre en catimini des terres aux palestiniens. En septembre 2003, l’Assemblée générale de l’ONU a d'ailleurs fait voter une résolution demandant à Israel d'arrêter la construction du mur. En juillet 2004, la Cour de Justice Internationale (CJI) a délibéré, estimant que « Israel a le droit, et même le devoir, de prendre des mesures pour protéger la vie des ses habitants, mais elles doivent être prises en conformité avec le droit international en application », dès lors, constatant une multitude d’infractions aux accords de Genève de 1949, elle appela Israel à « cesser immediatemment la construction du mur (...) et demanteler toutes les parties situées en Cisjordanie » demandant aussi « de verser
des dommages à la population palestinienne ». Malheureusement les avis de la CJI ne sont pas légalement contraignants et Israel s’est bien gardé de l’écouter. Pourtant, même la Cour Suprême israélienne a exigé à trois reprises, entre 2005 et 2007, le déplacement de certaines tranches du mur car il « nuit de manière disproportionnée aux Palestiniens ». En vain.
Ce mur a certes permis une chute drastique du nombre d’attentats commis sur le sol israélien, mais à quel prix pour les palestiniens ? Des
villages, des écoles, des familles entières se retrouvent divisées. A Jayyus, les paysans sont séparés de leurs oliviers et de leurs sources d'irrigation. Rafat se retrouvera bientôt encerclée (cliquer sur image ci-contre). Sans parler de Jerusalem. Ce mur ne fera qu'empirer une situation économique déjà très critique dans les territoires. Il représente un obstacle lourd et grave à la paix et la surdité obstinée ne grandit pas Israel. Les populations coupées de la Cisjordanie migrent pour éviter une situation invivable délaissant leurs terres aux colons israéliens déjà trop nombreux en Cisjordanie, où ils ne devraient pas être. Pourtant, ce mur représente trop d’investissements et trop d’avantages pour qu’Israel le démantèle rapidement, malgré les demandes internationales et nationales pour mettre fin à cette injustice criante. L’Etat Hébreux érige doucement mais sûrement un mur au tracé honteux et cela en sa défaveur car si sur le court terme il lui donne l'illusion d'oeuvrer pour sa sécurité, à long terme il sape tout fondement pour une paix durable en humiliant et divisant de la sorte le peuple palestinien.
MSB
21:47 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : israel, mur, palestiniens, conflit israelo-palestinien, onu, colonies

