mardi, 07 octobre 2008

Le capitalisme n'est pas en crise !

Plus le capitalisme est triomphant plus il est détesté. Si l’auteur de cette affirmation m’échappe, sa pertinence n’en demeure pas moins vraie. A la moindre turbulence économique, si importante soit elle, le capitalisme en prend pour son grade. Aujourd’hui il est devenu le bouc émissaire de toutes les unes de journaux essayant de faire croire aux français que le capitalisme est devenu fou et qu’il faut l’enterrer. Gardons-nous pourtant de jeter le bébé avec l’eau du bain. Ces critiques révèlent en vérité des croyances bien françaises. Par exemple, la perception que la plupart des français ont du capital est terrifiante. Des « économistes » (autoproclamés) de trottoir m’ont récemment interpellé dans la rue, où ils exposaient leurs idées, en me jetant à la figure un chiffre très troublant : « 98% du capital ne revient pas dans la poche des salariés, c’est du capital fictif ». Et les passants, croyant à ce discours simpliste, de répondre « dans les boites, c’est le capital qui prend tout et il ne reste plus rien pour nous » ou « dire qu’ils mettent des milliards pour sauver le capital alors que des gens ont du mal à boucler leur fin de mois ».

 

Cette méfiance, voire haine, envers tout ce qui touche au capital est surtout le fruit de l’ignorance : non seulement ils ne savent pas à quoi il sert mais en plus ils ne savent pas ce que c’est. Dans l’imaginaire populaire, le capital serait de l’argent arraché au travail et mis en circulation dans une bulle déconnectée de la réalité qui ne profiterait qu’aux plus riches. Cette perception grossière est l’héritage d’intellectuels renommés proches du marxisme et qui n’ont cessé - durant la guerre froide - de faire croire aux français, très sensibles à l’égalité, que les riches ne méritaient pas leur argent et que la conception stalinienne de la répartition était plus juste. Malheureusement, ces Aragon, Gide, Sartre et autres ont emporté avec eux dans leurs tombes les excuses de ces mensonges politiques pourtant démentis par les faits historiques. Le train de vie du monde de la finance et les salaires honteux de certains grands patrons ont permis à des démagogues de réveiller ces vieilles chimères sur les plateaux télévisés, surtout en l’absence de toute contradiction.

 

bourse.jpgPourtant, le capital - dont la finance n’est que l’outil de gestion - permet un transfert formidable des capacités de financement vers les besoins de financement d'aujourd'hui et de demain. L’épargne des français est ainsi omniprésente sur les marchés financiers par les retraites par répartition – le fonds de réserve pour les retraites gère ainsi près de 31 milliards d’euros -, les retraites par capitalisation, les Plan d’Epargne en Actions, le livret A, les OPCVM, les contrats assurance-vie, etc. Et tous les acteurs économiques tirent profit de cette épargne mise à disposition: les entreprises qui ont besoin de prêts, les ménages qui veulent préparer l’avenir, ou encore l'Etat qui peut investir plus que ses recettes lui permettent. Au niveau mondial, c’est un vecteur de développement qui permet de transférer l’épargne du Nord vers les pays du Sud en quête de fonds pour soutenir leurs économies naissantes. Au total, ce sont 12,5 millions de français qui possèdent un contrat assurance vie, 2,2 millions qui possèdent des revenus locatifs, 11 millions qui détiennent valeurs mobilières. Quelle étrangeté de voir un peuple si épargnant cracher sur son propre capital. D’ailleurs le débat autour du financement du RSA est symbolique de la tension qui règne entre réalité et croyances: ceux qui fustigent le capital furent les premiers indignés de le voir taxé car cela revenait à faire payer les classes moyennes ! Ils ont paradoxalement fournit la preuve irréfutable que le capital est tout sauf fictif ! Il revient, tôt ou tard, au travers des ménages, des banques, ou des entreprises dans l’économie dite « réelle ». Le capital est dans nos poches et sur nos comptes aujourd'hui et demain, il assure nos retraites et notre revenu. Malheureusement il n’est pas aussi visible que le salaire qui tombe toutes les fins de mois car son circuit économique est plus long, moins intuitif, moins visible, mais ses retombées n’en sont pas moins vitales pour l’économie. On le voit d’ailleurs bien aujourd’hui : lorsque la sphère financière va mal c’est toute l’économie qui flanche. Pourtant cette relation de cause à effet amène certains à aller plus loin et demander la mort du capitalisme en l’accusant de tous les maux, alors que son innocence doit être clamée haut et fort.

 

Car dans cette crise le capitalisme n’y est strictement pour rien. Ceux qui tapent sur le « capitalisme financier » en sont la preuve. Rajouter au terme « capitalisme » l’adjectif « financier » prouve bien que ce n’est pas l’essence du capitalisme qui est le problème mais son utilisation. Car il y une différence FONDAMENTALE entre le capitalisme, qui est un système de fonctionnement économique, et (par exemple) le libéralisme qui n’est pas un système mais un mode de fonctionnement et de régulation, le système capitaliste pouvant être plus ou moins libéral. Le capitalisme est ni plus ni moins qu’un système, reposant sur des principes fondamentaux comme la propriété privée, la liberté économique, le progrès ou encore la division du travail. Pour certains économistes comme Fernand Braudel, il est même inhérent à n’importe quelle forme économique : en tant que troisième niveau de toute économie, après la « vie matérielle » et le « marché », il prend plus ou moins de place au fil de l’Histoire. Il est d’ailleurs complètement absurde de tirer un trait général du capitalisme tant il varie considérablement selon ses modes de fonctionnement comme l’a très bien montré Michel Albert dans Capitalisme contre Capitalisme.

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Mais le capitalisme est non seulement un cadre économique, il est aussi espace moral et social qui permet à l’homme de s’épanouir. Dans La Route de la Servitude, Friedrich von Hayek a formidablement démontré que l’alternative au capitalisme est difficilement concevable tant ce dernier s’adapte mieux que quiconque à la nature de l’homme, à la différence des autres systèmes que l’Histoire nous a donné et repris. Milton Friedman, dans Capitalisme et Liberté, écrit que le choix du capitalisme rend possible la place de la liberté et donc de la démocratie dans nos sociétés. Les idées de Joseph Alois Schumpeter, si pessimistes soient-elles sur son avenir, érigent le capitalisme en vecteur du progrès de la civilisation humaine. N’oublions donc pas les énormes atouts du capitalisme qui dépassent largement l’économique. Quand une recette culinaire ne donne pas satisfaction on revoit la composition des ingrédients ou le temps de cuisson, mais on ne change pas de four. Quand l’économie va mal, arrêtons donc de nous ruer sur une critique facile du capitalisme. En revanche cela ne nous empêche pas de critiquer son utilisation. Cette crise montre que les marchés financiers doivent être surveillés de très près parce que leur rôle est justement primordial pour l’économie dite « réelle ». Les abus doivent être sanctionnés et les marchés financiers devront désormais évoluer dans des cadres de liberté surveillés par des gendarmes vigilants et postés aux bons endroits.

 

N’en déplaise à certains, l’économie est une science. Durant des siècles, une multitude d’économistes a écrit des bibliothèques. Si certaines de leurs idées se sont révélées fausses, d’autres sont toujours vraies et permettent de comprendre les événements que nous vivons. D’ailleurs cette crise n’est pas celle de la science économique puisque son déroulement a été prévu, parfois à la virgule, par des économistes tel Nouriel Roubini, Paul Krugman, Hyman Minsky ou encore Jacques Attali. On ne les entendait simplement pas dans les médias et dans les sphères de décisions politiques. Les généralisations et les concentrations médiatiques sur des sujets économiques spécifiques ne font que renforcer le contraste entre l’économie immédiate, celle qui est visible et constamment mise en lumière, et les circuits économiques plus longs délaissés dans le no man’s land de l’information. La perception de l'économie de la majorité des français qui en découle est trop égocentrique alors que le système économique qui nous entoure est devenu très complexe. Les flux continus d’information qu’il nous transmet sont énormes alors que les individus ne peuvent qu'en traiter une toute petite partie généralement au travers d’intermédiaires médiatiques qui ont déjà fait leur tri. Cette récolte d'information aléatoire mélangée à une économie qui se complexifie ouvre un boulevard aux prises d'otage d'opinion, simplifications massives, et propagations d’idées simples mais fausses. Face à des consciences de plus en plus individualisées, cultivant leur ego comme jamais auparavant, la vérité économique n’est plus qu’un rêve.

 

NPA.jpgCela fait naître un danger au sein des sociétés modernes, celui de la volonté d’un retour vers des utopies oubliées, accélérée par la nostalgie du passé et l’habitude de la prospérité qui a fait oublier les drames économiques qu’ont provoqué les tentatives d’éloignement du capitalisme. Vouloir tuer un système économique innocent en faisant croire qu’il est responsable de tous les défauts que porte la terre est très dangereux, surtout quand ceux qui demandent sa mort explosent dans les sondages et vont même jusqu’à créer un parti entièrement dédié a sa destruction avec le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA).

 

MSB