dimanche, 23 décembre 2007
Financer les religions?
La religion et l’Etat. Un couple d’amour-haine qui a finalement divorcé en 1905. Ce fut le 9 décembre 1905 lorsqu’un certain Aristide Briand réussit à faire passer une loi qui mit fin à près d’un quart de siècle de bataille entre les deux France, la France catholique royaliste et la France républicaine et laïque. Cette loi toujours en vigueur édifie clairement le concept de laïcité si chère depuis à notre République. L’article 1er stipule que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » et l’article 2 venant ajouter « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence (...) seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.». Si la séparation claire et nette entre les affaires politiques et les affaires religieuses reste aujourd’hui incontestée - et on ne peut que s’en rejouir - par son efficacité et sa légitimité absolue dans une idéologie politique rationnelle désormais libérée du mystique et des croyances, l’article 2 peut être néanmoins critiqué voire repensé. Osons-le et voyons pourquoi.
Démocratie et religion ont toujours partagé des liens extrêmement forts qui dépassent la simple dimension historique. La religion contribue à la pérennité de la démocratie. En effet, comme le soulignait déjà Alexis de Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique, dans une société égalitaire qui veut se gouverner elle-même il y a la nécessité d’une discipline morale inscrite dans la conscience de chaque individu la composant. Il faut selon lui que les citoyens se soumettent au fond d’eux-mêmes à une discipline morale et cela passe nécessairement par la foi religieuse. Dixit Tocqueville, au sein d’une société démocratique, la religion appliquée par chaque individu libre de son culte est un vecteur d'éthique d’action et de paix civile. D’ailleurs il en conclut que : « Il est des gens en France qui voient dans la République un état permanent et tranquille, un but nécessaire vers lequel
les idées et les moeurs entrainent chaque jour les sociétés modernes, et qui voudraient sincèrement aider les hommes à être libres. Quand ils attaquent les croyances religieuses, ils suivent leurs passions et non leurs intérêts. C’est le despotisme qui peut se passer de la foi, mais non la liberté. La religion est beaucoup plus nécessaire dans la République qu’ils préconisent que dans la monarchie qu’ils attaquent, et dans les républiques démocratiques que dans toutes les autres.».
Il va de soi qu’il ne faut en aucune façon remettre en cause l’article 1er, mais en revanche si la religion est aussi positivement liée à la structure et au fonctionnement de la démocratie, il est tout à fait légitime de se reposer la question du financement des cultes et de leurs acteurs en France. En assumant sans lourdeur que la religion - quelle qu’elle soit - est bénéfique à l’équilibre démocratique il faut par conséquent encourager cet apport si précieux et aller plus loin. Nicolas Sarkozy dans La République, les religions, l’esperance écrit d’ailleurs: « Admettons sans hypocrisie qu’il y a une contradiction entre la volonté de reconnaître les religions comme un facteur positif dans la société et celle de les extraire des influences étrangères tout en leur interdisant toute forme de financement public et en prétendant les traiter à égalité.». Il y a en effet dans ce sens beaucoup à faire en ce qui concerne par exemple la formation des ministres du
culte - prêtres, imams, rabbins, pasteurs etc. - qui sont en interaction permanente avec leur croyants. Aujourd’hui leur salaire est par exemple estimé être à un niveau inférieur au SMIC ce qui est injuste. Mais plus qu’un impératif de rémunération, c’est la direction future que l’on veut donner à notre société qui est en question. Car former les ministres du culte au travers d’une aide de l’Etat c’est aussi barrer la route aux influences radicales comme celles des extrémistes religieux qui cherchent par tous les moyens à imposer leur vision. Leur lecture des écrits est souvent contraire à la pratique et à l’esprit de la République. Il faut tout faire pour éviter une dérive et un endoctrinement dangereux - notamment des plus jeunes - et contraire à la République mais aussi aux principes fondamentaux même des religions en questions.
Pourquoi donc ne pas tenter d’éviter ces influences nocives en prenant le soin de former les ministres du culte dans le respect des principes de notre République et bien sûr de leurs religions. Il y a véritablement du travail dans ce domaine. Sans remettre en cause l’idée et le fondement de la loi de 1905, on peut se demander si un financement des cultes ne serait pas avantageux pour tout le monde, la société démocratique et les religions. Le financement des cultes serait un moyen d’avouer et d’assumer le caractère structurant des religions pour la société démocratique et plus important, cela serait le chemin le plus sûr pour faire face à la radicalisation religieuse - phénomène malheureusement de plus en plus d’actualité dans toutes les religions - qui pourrait à terme poser davantage de problèmes au sein de la société et au péril de l’idéal démocratique. Sans remettre la laïcité en questions, osons poser la question.
MSB
22:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Religion, laicité, Sarkozy, Tocqueville

