dimanche, 13 septembre 2009
La dette dans tous ses états
Comment ne pas s’effrayer face à la situation de la dette publique ? Certes, la crise actuelle demande des politiques extraordinaires, dites contra-cycliques, provoquant des déficits publics et entraînant irrémédiablement une augmentation de la dette publique. De telles mesures sont justifiées si elles sont temporaires. Malheureusement, les chiffres (cliquez graphique ci-contre) permettent de constater que ce genre de politique a été mené à répétition depuis les années 70, avec des déficits publics continus, tirant l’endettement à des niveaux historiques alors même qu’il était encore insignifiant il y a encore 30 ans. Si tout a été dit sur les méfaits et les bienfaits de l’endettement public, les raisons de sa croissance - forte et continue - depuis les années 70 sont méconnues. Quelle mouche a donc piqué les gouvernements pour s’endetter aussi massivement et successivement jusqu'à en arriver à une telle situation ?
Au temps des Trente Glorieuses françaises et du Wirtschaftswunder allemand, où la croissance était forte et le chômage quasi inexistant, c’est la productivité qui permettait de tirer la machine économique. Elle augmentait considérablement d’année en année mais surtout à un rythme plus élevé que les salaires. Dans un cercle vertueux inégalé, les salariés mettaient plus d’énergie dans leur travail qu’ils recevaient de salaire en retour. Ces derniers augmentaient modérément, permettant à l’appareil productif de se doper à coups d’investissement. Toute la société était au travail et acceptait de faire des sacrifices dans le présent pour construire un meilleur futur.
Et puis ce cercle vertueux s’inversa. Les gains de productivité furent de plus en plus faibles mais les revendications salariales demeuraient les mêmes voire plus. Et le choc pétrolier opéra comme un coup de massue sur le bilan des entreprises. Mais il y a surtout eu un changement de mentalité : le rapport au temps s’est modifié et le futur est devenu plus incertain que jamais. La crise économique et Mai 68 - avec son mot d’ordre « jouir de tout, tout de suite » - ont joué un grand rôle dans ce renversement de tendance. Fini le présent qui n’a de sens que pour construire le futur, place au carpe diem tout-puissant.
Désormais c’est donc la consommation qui prévaut sur tout, afin de profiter immédiatement des fruits du travail, le futur étant désormais perçu comme une menace. L’économie, auparavant tirée par la productivité, s’en remet désormais à la consommation et son avatar, la dictature du pouvoir d’achat. Tout se passe comme Daniel Bell l’a décrit dans son livre Les Contradictions Culturelles du Capitalisme quand il explique que le capitalisme possède une fâcheuse tendance à faire cohabiter des valeurs motrices tels l’individualisme et l’hédonisme en totale contradiction avec ses impératifs économiques que sont l’efficacité et la discipline professionnelle et surtout avec l’impératif politique absolu qu’est l’égalité, en France plus que nulle part. Ralf Dahrendorf voit dans cette évolution le passage d’un capitalisme de l’épargne à un capitalisme de l’emprunt. Alors qu’auparavant le présent était hypothéqué pour un meilleur futur, c’est aujourd’hui le futur qui est hypothéqué pour un meilleur présent.
Et c’est ainsi que le vouloir a dépassé le pouvoir. Car la consommation fait, selon Dahrendorf, régner l’économie du « comme si ». En effet, dans cette nouvelle société du carpe diem, on consomme au-delà de ce que l’on possède grâce aux nouveaux produits - crédits à la consommation, paiements par mensualités, paiements retardés etc. - que banques et grands magasins se sont empressés d’offrir à leurs clients trop crédules pour refuser une telle manne. Le vrai problème n’est pas l’endettement, encore moins l’emprunt. Le vrai problème c’est l’excès. L’endettement privé n’est pas forcément mauvais en soi car il est personnel, palpable et ses conséquences se font ressentir assez rapidement sur le compte en banque des débiteurs : l’excès en est relativement limité. Et puis, après tout il relève de la décision de chacun de gérer ses finances dans le temps comme bon lui semble. Mais il en est tout autre pour l’endettement public. Ce dernier est tellement impersonnel - concernant tout le monde il ne concerne plus personne - et illusoirement intemporel - le gouvernement (et la génération) qui emprunte ne sera pas le même que celui (et celle) qui rembourse - qu’il est devenu l’outil privilégié des politiques.
Pris dans cette tendance de surexploitation du futur et soucieux de ne pas brider la consommation et le pouvoir d’achat, les gouvernements successifs ont eu massivement recours à l’endettement. Bien loin des politiques de stop and go préconisées par John Maynard Keynes, les gouvernements ont géré depuis 30 ans les deniers de l’état comme face à une crise permanente alors qu’il n’en était rien. Et c’est aujourd’hui, alors que l’endettement est justifié, que l’on se demande pourquoi diable il est tellement élevé alors que les conditions économiques ne le justifiaient a priori pas. Milton Friedman, dans Capitalisme et Liberté, explique très bien cette tentation inhérente à la chose publique de
dépenser toujours plus : « la vitesse à laquelle les nouvelles dépenses sont votées n’est nullement la même lorsqu’il s’agit de les ralentir ou d’y mettre terme quand la récession est finie et la croissance reprend. Au contraire, on argumente qu’une période de croissance saine ne doit pas être mis en danger pas des coupures budgétaires ». C’est ainsi que Keynes a été usurpé : lui qui préconisait des déficits temporaires et - il faut le rappeler - des prélèvements obligatoires inférieurs à 25% du revenu national est devenu un prétexte fourre-tout pour augmenter continuellement les dépenses publiques.
Certes il y a du bon dans la dette lorsqu’elle sert l’investissement et donc les futures générations. Mais en France le diable se cache dans les détails car les déficits publics à répétition servent principalement à financer des dépenses courantes et non d’investissement. Pour 2009, le budget de l’Etat ne prévoit pas moins de 44 milliards d’euros pour payer les lourds intérêts de la dette - c’est le premier poste budgétaire de l’Etat ! - et rembourser une minuscule partie d’emprunts passés.
Comment combattre cette situation ? Certains chantiers lancés par Nicolas Sarkozy vont dans le bon sens : Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), modernisation de l’état, réduction du nombre de fonctionnaires etc. Malheureusement, la récente annonce d’un grand emprunt national met à mal ces efforts et témoigne de la culture de l’endettement qui prévaut en France. Nous vivons au-dessus de nos moyens, il ne faut donc pas hésiter à couper courageusement certaines dépenses, rembourser petit-à-petit nos dettes, cesser d'emprunter à tout va, reculer drastiquement de l’âge de la retraite, supprimer les privilèges dans le public et surtout organiser un Grenelle de la fiscalité pour enfin remettre à plat et rendre plus équitable notre système fiscal, véritable casse-tête n’obéissant qu’a lui-même et construit sans cohérence au fil des gouvernements. Malheureusement de telles mesures sont loin d’être électoralement rentables.
Il n’y a pas de fatalité, tout est question de responsabilité, de courage et d’honnêteté. Trois valeurs malheureusement rares en politique. Le Canada a bien réussi à diviser par deux sa dette publique en dix ans par des sacrifices considérables mais payants. C’est aussi une question de solidarité, une valeur passée de mode avec la crise où chacun défend son petit intérêt personnel et rejette la faute sur son voisin. Nous sommes déjà sponsorisés par les futures générations sans même leur avoir demandé leur avis. Et si rien ne change elles feront de même jusqu'à ce qu’une génération, asphyxiée par les impôts, refuse à raison de payer l’impayable. C’est donc avant tout le rapport au temps qu’il faut changer et la politique doit, pour une fois, montrer l’exemple en cessant d’hypothéquer le futur car ce n’est pas en le chargeant de dettes que nous réussirons à lui redonner de l’attrait. Mirabeau précisait que l’Etat ne pouvait être en faillite car il possède un « horizon infini ». Il a raison, l’horizon de l’Etat est infini, mais la patience de ses citoyens ne l’est pas.
09:44 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : dette, sarkozy, friedman, deficit, generation, politique, dahrendorf, capitalisme
jeudi, 23 octobre 2008
La demande narcissique
La lecture du livre de Jean Peyrelevade intitulé Sarkozy : l’erreur historique est riche d’enseignements car son auteur y donne un aperçu hétérodoxe de l’économie française. Les économistes sont tous d’accord pour constater la relative faiblesse de la croissance du PIB en France mais, là où la plupart d’entre eux versent des larmes sur l’insuffisance de la demande, Jean Peyrelevade – véritable économiste de l’offre – se livre à une analyse approfondie des problèmes de l’appareil productif. Son livre aborde d’entrée la notion de pouvoir d’achat en effectuant un rappel statistique rare : le pouvoir d’achat des français a augmenté de 2,6% en 2004, de 1,7%, en 2005, de 2,3% en 2006, et de 3,3% en 2007. Ces chiffres, supérieurs à la croissance économique, sont la preuve que le coût moyen de la vie des français baisse, la mesure du pouvoir d’achat prenant en compte l’inflation.
Il rappelle également qu’en France la proportion de pauvres a régressé, passant de 13% en 1996 à 12% en 2007. Grâce à notre système de redistribution, l’écart de revenus entre le decile le plus riche et le plus pauvre est de 4 – il est de 5 en Allemagne, 6 au Royaume-Uni, 10 aux Etats-Unis - lui faisant dire « notre système de protection sociale divise par deux la pauvreté, ce qui en fait l’un des plus efficaces au monde ». D’ailleurs le dernier rapport OCDE du 21 octobre 2008 confirme qu’en France, la pauvreté et l’écart entre les revenus sont tous deux inférieurs à la moyenne OCDE et ont baissé depuis les années 80, contrairement à la grande majorité des autres pays étudiés.
Fort de ces constats statistiques, Jean Peyrelevade cite Jacques Attali « la vérité c’est que le pouvoir d’achat augmente trop vite par rapport à note competitivité » et s’en prend aux salaires trop élevés « nous sommes devenus trop chers ». Si ces conclusions sont quelque peu rapides - la compétitivité dépend aussi de la qualité, du service, du cours de la devise, de la spécialisation, de l’offre, etc. - il n’en reste pas moins que, contrairement aux idées réçues, inégalités de revenus et pauvreté baissent, et le pouvoir d’achat augmente plus vite que la productivité. Or le véritable problème de la France c’est d’abord son manque de croissance, et les chiffres cités précédemment ainsi que le niveau du déficit commercial montrent que la demande est bien là. C’est donc au chevet de l’offre qu’il faut être: « en France, c’est l’offre qu’il faut d’abord soigner de son anémie […] tant que cela n’est pas fait, tant que le défaut de réglage n’est pas corrigé, rien ne sert d’appuyer sur l’accelerateur : le moteur s’étouffe immédiatement ». A croissance faible, le partage de la valeur ajoutée des entreprises devient forcément plus conflictuel et l’augmentation du pouvoir d’achat déshabille malheureusement l’appareil productif pour habiller la demande. La preuve en est que le taux de marge des sociétés non financières, mesurant l’excédent brut d’exploitation - la part de ce qui reste à l’entreprise après avoir payé salaires et certains impôts - rapporté à la valeur ajoutée, est passé de 32,4% en 1998 à 30,7% en 2007 alors que la tendance inverse s’observe en Europe. Leur taux d’autofinancement est ainsi passé de 60% en 2006, à 55% en 2007 alors qu’il est proche de 100% pour les entreprises allemandes, ce qui les rend moins dépendantes du marché financier. Un financement plus coûteux pénalise l’investissement, la croissance et donc le pouvoir d’achat. Le problème c’est que « les ménages votent, pas les entreprises ». On percoit bien le cercle vicieux.
Dans la meilleur partie du livre, on est amené à regretter que certains écrits de Jean Peyrelevade ne soit plus relayés dans les médias : « l’appareil politique et syndical tout entier, de la gauche à la droite, parle aux français d’augmentation des salaires, d’amélioration du pouvoir d’achat, de relance par la consommation. Quoi d’étonnant si le peuple ainsi flatté affirme une forte préférence pour le présent et les satisfactions immédiates, au point de faire payer par les générations futures ses dépenses actuelles, quoi de surprenant s’il néglige la préparation de l’avenir ? ». Si son poste de vice-président du Modem le pousse à mettre tout le monde dans le même sac alors que seule la gauche promettait aux français un SMIC à 1500 euros pendant la campagne, ce passage pose clairement le problème du caractère très subjectif, immédiat et illimité de la notion de pouvoir d’achat. Il poursuit : « à l’inverse du travail, le capital est impopulaire, le capital ne vote
pas et personne ne sait qui le détient, alors que le travail bien évidemment est fait de la sueur des salariés […] alors allons-y taxons verbalement le capital, cela ne coûte rien. Et merci au capitaliste inconnu ! ». Et de présenter l’idée phare de son livre : « ma thèse est que la France demande trop aux entreprises et pas assez aux ménages et que le rééquilibrage des contributions des unes et des autres est la condition préalable d’une plus forte croissance, puis ultérieurement, d’une progression plus rapide du pouvoir d’achat ».
Dans cet ouvrage, il se livre aussi à un série de réflexions tous azimuts, présentant le passage au 35h comme un « crime contre l’économie », réclamant la fixation contractuelle de la durée du travail, demandant la suppression de l’ISF - impôt « stupide et injuste » - qu’il veut remplacer par de nouvelles tranches d’impôt sur le revenu, refusant la TVA sociale par des arguments nouveaux mais peu convaincants, fustigeant le déficit de la sécurité sociale qui plombe les caisses de l’Etat et proposant d’inscrire dans la constitution l’équilibre de son régime même si cela passe par l’augmentation des cotisations et/ou baisse des prestations. Il propose néanmoins une idée originale qui mérite réflexion: transférer la fiscalité des entreprises sur les actionnaires en supprimant l’impôt sur les sociétés et en le compensant par un impôt sur les dividendes et les plus-values. A pression fiscale égale cela encouragerait l’autofinancement sans affaiblir le cours des actions. Il effectue par ailleurs un rappel fondamental sur l’Europe qui nous permet de ne pas payer notre déficit commercial. A l’époque du franc, un tel déficit commercial entraînait une sortie massive de devises étrangères qui aurait provoqué l’envolée des taux d’intérêts et aurait obligé le gouvernement à dévaluer puis à modérer les salaires pour rétablir la compétitivité-prix des produits exportés. Aujourd’hui, l’euro a fait disparaître cette contrainte extérieure car c’est la BCE qui gère les réserves de change : les déficits français sont financés par les excédents du reste de l’Europe, notamment de l’Allemagne. Pour le meilleur ou pour le pire?
Tout au long de son livre Jean Peyrelevade s’applique à critiquer Nicolas Sarkozy, lui reprochant d’en faire beaucoup mais pas dans le bon sens. Il ferait la même erreur que Francois Mitterrand : gaver la demande en attendant une croissance qui ne viendra pas pour résoudre les problèmes de l’économie française. L'auteur oublie cependant de parler de certaines mesures comme, entre autres, la réforme de la fonction publique, celle des retraites ou les franchises médicales qui s’attaquent à certains maux décrits. Paradoxalement, ce sont les idées et les actions de Nicolas Sarkozy qui sont, sur l’échiquier politique français, les plus proches - quoique encore loin- de ce qu’il préconise dans son livre. Si l’encre de Peyrelevade fait par moment des tâches – lorsque l’économiste rigoureux laisse sa place au vice-président du Modem – son livre est une véritable source de fraîcheur tellement l’idée phare de son discours est rare à entendre en France : « nous vivons au dessus de nos moyens en reportant sur le système productif le coût de cette impéritie ».
MSB
17:23 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : peyrelevade, sarkozy, erreur historique, demande, offre, attali, isf
mardi, 22 juillet 2008
SOSialisme
La réforme des institutions a été votée ce 21 juillet grâce à un texte qui, historiquement épargné par les critiques expertes, constitue une avancée institutionnelle incontestable en accordant plus de droits au Parlement et en limitant les pouvoirs du Président. Au passage, il prévoit entre autres de faire élire douze députés par les français de l'étranger qui n'étaient jusque là pas représentés à l’Assemblée Nationale, ce qui constituait une formidable injustice alors que ce sont des français à part entière. Pour la petite histoire, cette idée n’est pas partagé par tous, Dominique Strauss-Kahn avait ainsi déclaré pendant la campagne en février 2007 : « Nous souhaitons mettre en place un impôt citoyen pour ceux qui se disent français mais finalement n’ont plus de français que le nom parce qu’ils quittent le pays ». A tous ceux qui louent DSK, salut !
Dès la fin du congrès, le PS est pitoyablement retombé dans ses vieilles batailles. La renovation ? Les idées nouvelles ? Les propositions concrètes ? Rien, nichts, nada. Retour aux bonnes vieilles recettes : critiques vides et chasse aux sorcières. L'exemple de Manuel Valls témoigne bien du désarroi et de l’incohérence dans lesquels sont plongés les députés PS. Alors que ce dernier a écrit, dans Le Monde du 22 mai dernier avec seize autres députés socialistes, une tribune intitulée « Donnons une chance à la réforme » déclarant ouvertement vouloir voter pour la réforme des institutions, il se met à voter non le jour du congrès. Pire, il publie deux jours après le vote, le 23 juillet 2008, avec trois autres députés et toujours dans Le Monde, une nouvelle tribune intitulée « Occasion manquée pour le parti socialiste » dans laquelle il critique violemment l’attitude du PS envers la droite lors de ce congrès, allant jusqu’à dénoncer « un anti-Sarkozysme pavlovien ». Manuel Valls ou comment pousser la contradiction à son paroxysme. Quelle immense lâcheté de sa part que de dire je vote oui, voter non, et critiquer le non a posteriori ! Mais surtout, quelles pressions ont-ils, lui et ses camarades réfractaires, dû subir pour être amené à voter contre leurs convictions pourtant ouvertement affichées la veille et inchangées le lendemain! L’unité du PS que Jean-Marc Ayrault s'est empressé de faire remarquer a été acquise non par conviction générale partagée mais par la menace dès lors que les intentions de vote s’éloignaient de la ligne fixée par le parti. Manuel Valls peut en témoigner.
Pauvre parti socialiste qui oublie que la Constitution c’est la République et non un histoire de camp politique. Monsieur Valls devrait savoir qu‘il vaut mieux trahir son parti que ses idées, car la conscience se contente difficilement de l’inverse. Mais dans le fonds son attitude est à moitié compréhensible quand on voit le sort réservé à Jack Lang qui, lui, a courageusement voté en accord avec ces idées. D’ailleurs, comment aurait-il pu faire autrement, lui qui a directement participé a l'écriture de ce texte? Il a estimé voter conformément à sa conscience et à la vision mitterandienne des institutions et le voilà lynché, lâché, limogé. Voilà que les ténors du PS demandent son départ, condamnent sévèrement sa « trahison » (Royal), ou font part de leur « honte » (Dray). Voilà qu’un texte commun de « blogueurs socialistes » diffusé par
Marc Vasseur décrète qu’« à compter du 21 juillet 2008 et suite à l’adoption d’une révision constitutionnelle menant à une impasse démocratique par la seule voix de Jack Lang, nous, militants socialistes, blogueurs estimons que ce dernier ne peut plus se prévaloir de l’étiquette socialiste. »
Le socialisme serait donc désormais devenu une étiquette que l’on pourrait retirer à tout instant et qui dépendrait d’un simple vote sur une réforme constitutionnelle. Misérable gauche française, perdue dans ses contradictions, violente dans ses critiques, incapable de formuler un projet idéologique viable, et sectaire jusqu'à la moelle au point de violemment rejeter un de ses plus anciens camarades pour avoir simplement voté en faveur d’une révision constitutionnelle qu'elle n'a pas proposé.
MSB
19:55 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : lang, congrès, constitution, institutions, valls, sarkozy, parti socialiste
dimanche, 23 décembre 2007
Financer les religions?
La religion et l’Etat. Un couple d’amour-haine qui a finalement divorcé en 1905. Ce fut le 9 décembre 1905 lorsqu’un certain Aristide Briand réussit à faire passer une loi qui mit fin à près d’un quart de siècle de bataille entre les deux France, la France catholique royaliste et la France républicaine et laïque. Cette loi toujours en vigueur édifie clairement le concept de laïcité si chère depuis à notre République. L’article 1er stipule que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » et l’article 2 venant ajouter « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence (...) seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.». Si la séparation claire et nette entre les affaires politiques et les affaires religieuses reste aujourd’hui incontestée - et on ne peut que s’en rejouir - par son efficacité et sa légitimité absolue dans une idéologie politique rationnelle désormais libérée du mystique et des croyances, l’article 2 peut être néanmoins critiqué voire repensé. Osons-le et voyons pourquoi.
Démocratie et religion ont toujours partagé des liens extrêmement forts qui dépassent la simple dimension historique. La religion contribue à la pérennité de la démocratie. En effet, comme le soulignait déjà Alexis de Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique, dans une société égalitaire qui veut se gouverner elle-même il y a la nécessité d’une discipline morale inscrite dans la conscience de chaque individu la composant. Il faut selon lui que les citoyens se soumettent au fond d’eux-mêmes à une discipline morale et cela passe nécessairement par la foi religieuse. Dixit Tocqueville, au sein d’une société démocratique, la religion appliquée par chaque individu libre de son culte est un vecteur d'éthique d’action et de paix civile. D’ailleurs il en conclut que : « Il est des gens en France qui voient dans la République un état permanent et tranquille, un but nécessaire vers lequel
les idées et les moeurs entrainent chaque jour les sociétés modernes, et qui voudraient sincèrement aider les hommes à être libres. Quand ils attaquent les croyances religieuses, ils suivent leurs passions et non leurs intérêts. C’est le despotisme qui peut se passer de la foi, mais non la liberté. La religion est beaucoup plus nécessaire dans la République qu’ils préconisent que dans la monarchie qu’ils attaquent, et dans les républiques démocratiques que dans toutes les autres.».
Il va de soi qu’il ne faut en aucune façon remettre en cause l’article 1er, mais en revanche si la religion est aussi positivement liée à la structure et au fonctionnement de la démocratie, il est tout à fait légitime de se reposer la question du financement des cultes et de leurs acteurs en France. En assumant sans lourdeur que la religion - quelle qu’elle soit - est bénéfique à l’équilibre démocratique il faut par conséquent encourager cet apport si précieux et aller plus loin. Nicolas Sarkozy dans La République, les religions, l’esperance écrit d’ailleurs: « Admettons sans hypocrisie qu’il y a une contradiction entre la volonté de reconnaître les religions comme un facteur positif dans la société et celle de les extraire des influences étrangères tout en leur interdisant toute forme de financement public et en prétendant les traiter à égalité.». Il y a en effet dans ce sens beaucoup à faire en ce qui concerne par exemple la formation des ministres du
culte - prêtres, imams, rabbins, pasteurs etc. - qui sont en interaction permanente avec leur croyants. Aujourd’hui leur salaire est par exemple estimé être à un niveau inférieur au SMIC ce qui est injuste. Mais plus qu’un impératif de rémunération, c’est la direction future que l’on veut donner à notre société qui est en question. Car former les ministres du culte au travers d’une aide de l’Etat c’est aussi barrer la route aux influences radicales comme celles des extrémistes religieux qui cherchent par tous les moyens à imposer leur vision. Leur lecture des écrits est souvent contraire à la pratique et à l’esprit de la République. Il faut tout faire pour éviter une dérive et un endoctrinement dangereux - notamment des plus jeunes - et contraire à la République mais aussi aux principes fondamentaux même des religions en questions.
Pourquoi donc ne pas tenter d’éviter ces influences nocives en prenant le soin de former les ministres du culte dans le respect des principes de notre République et bien sûr de leurs religions. Il y a véritablement du travail dans ce domaine. Sans remettre en cause l’idée et le fondement de la loi de 1905, on peut se demander si un financement des cultes ne serait pas avantageux pour tout le monde, la société démocratique et les religions. Le financement des cultes serait un moyen d’avouer et d’assumer le caractère structurant des religions pour la société démocratique et plus important, cela serait le chemin le plus sûr pour faire face à la radicalisation religieuse - phénomène malheureusement de plus en plus d’actualité dans toutes les religions - qui pourrait à terme poser davantage de problèmes au sein de la société et au péril de l’idéal démocratique. Sans remettre la laïcité en questions, osons poser la question.
MSB
22:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Religion, laicité, Sarkozy, Tocqueville
jeudi, 12 juillet 2007
Heureusement
Voila plus d’un mois que Nicolas Sarkozy est président. L'occasion non pas de tirer un bilan, le laps de temps trop court ne le permet pas, mais d'analyser le style Sarkozy.
Les catastrophes que beaucoup de monde annonçait ne se sont pas produites. Les banlieues ne se sont pas enflammées. La révolution n'a pas eut lieu. Tout ceux qui, pour faire un coup médiatique, avaient clamé haut et fort qu'ils quitteraient la France si il passait se sont lâchement abstenu de convertir leurs paroles en actes. Le gouvernement formé après la victoire sans précédents aux législatives - première majorité reconduite - est sans exemples dans le passé: avec des personnalités venant d'autre bords politiques, Sarkozy a réussi non seulement à produire une équipe politiquement hétérogène mais aussi et surtout une équipe qui reflète mieux la diversité de la société française. La où personne n'avait osé le faire auparavant, préférant mettre les copains d'abord, Nicolas Sarkozy a courageusement suivi son credo - "la fidelité c'est pour les sentiments, l'efficacité pour le gouvernement"- et a renoué avec le devoir de replacer l'intérêt de la France avant l'intérêt partisan, même si le prix à payer est de faire des déçus dans son propre camp. Un exemple de courage pour les générations suivantes. La où certains le disaient sectaire, il a pratiqué l'ouverture et a audacieusement intégré, avec Kouchner, Lang, Hirsch ou Besson, certains de ses détracteurs d’autrefois dans ses équipes de travail.
Depuis le début de son mandat le président n'a pas chômé. D’ailleurs l’unique critique du PS aujourd’hui qui consiste à dire qu'il est "omniprésent et omniscient" ressemble plutôt à un compliment. Multipliant les déplacements, n'hésitant pas à aller à Bruxelles en personne défendre ses projets, lançant déjà des dossiers de reformes aussi important que le service minimum ou l'autonomie des universités tout en consultant les partenaires sociaux. Au niveau européen il a réussi en un mois a faire adopter par les autres pays son projet de traité simplifié. Sur ce sujet, il en a fait plus en un mois que Jacques Chirac en cinq ans! Il a réussi à montrer à ses détracteurs qu'ils avaient totalement tort. Non il n'est pas raciste. Non il ne veux pas le pouvoir simplement pour l'avoir, si tel était le cas il resterait terré a l’Elysée profitant des lieux. Non il n'est pas dangereux pour la France. Non sa personnalité n’est pas anxiogène. Non il n'est pas contre les syndicats, ils furent les premiers à être reçus avant même son investiture. Ces mêmes détracteurs avouent d’ailleurs aujourd’hui avoir menti aux français en disant qu’ils ne croyaient pas aux idées qu’ils défendaient corps et âmes quelques mois auparavant comme le smic a 1500 euros ou les 35 heures. Ces mêmes idées dont la droite montrait constamment leur in-faisabilité et qui se faisait traiter d’antisociale par le fait de les critiquer. Après de tels aveux et maintenant que le vide idéologique et les divisons du PS sont mises a nu, on ne peut que se dire heureusement que la gauche n’est pas passée...
Alors bien sûr certains diront que c'est l'Etat de grâce et que tous les nouveaux présidents élus en ont bénéficié avant de replonger dans l'impopularité. Mais avec Sarkozy c'est différent. Il a réussi à rompre avec les habitudes du passé, à imposer son style bien à lui, il a complètement innové politiquement et il s’est mis au travail dès le début. Du jamais vu. Après toutes les attaques violentes subies pendant la campagne, Sarkozy n’est pas revanchard. Tout cela n’est pas une surprise pour ceux qui l’ont soutenu depuis le début et qui voyaient bien que les critiques à son égard n'étaient pas fondées mais plutôt le résultat de l’impossibilité de l’attaquer sur ses idées trop fortes, trop solides, trop bonnes. Heureusement que la gauche n’est pas passée, heureusement que les idées ont gagné, heureusement pour la France que notre président s’appelle Nicolas Sarkozy et non Segolène Royal.
Le plus dur commence, mais les fondations que Sarkozy a posé sont très prometteuses pour la France. L’avenir redevient un espoir.
MSB
11:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Courage, PS, ouverture, Royal
mercredi, 13 juin 2007
Mission opposition
Au lendemain du premier tour des élections législatives 2007, l’ensemble de la gauche s’est immédiatement fait le relais de l’argument qui consiste à dire que voter pour le PS au second tour c’est se battre pour la démocratie. A les écouter, un parlement avec une trop grande majorité de droite irait donc à l’encontre de la démocratie. Dire cela est totalement faux et surtout honteux. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’ils disaient quand en 1981 le parlement a vu une vague rouge s’abattre sur lui. Ce n’est pas non plus ce qu’il disaient en 2005 lorsque vingt des vingt-deux régions françaises passaient à gauche. Et ils avaient raison de ne pas le faire vu que c’est le peuple français qui a décidé démocratiquement ces résultats. Cela vaut aussi pour ces législatives, mais dès lors que les rôles sont inversés, cela devient dangereux pour la démocratie aux yeux du PS. Ce genre de logique mène tout droit à dire que ceux qui votent à droite lors de cette élection votent contre la démocratie. Autrement dit, si vous n'êtes pas à gauche avec nous alors vous êtes avec eux contre la démocratie. Ce sont en fait de telles tentatives de culpabilisation des électeurs qui vont à l’encontre de la démocratie, de la liberté d’opinion et surtout de la tolérance. Ce n’est pas parce que les idées d’en face gagnent en masse qu’elles deviennent par là-même antidémocratiques!
Ce que le PS réclame en vérité de manière très maladroite et polémique, c’est l’indispensable présence de contre-pouvoir face à une majorité écrasante au parlement. Bien sûr qu’il en faut. Mais à l’inverse de ce qu’ils demandent, ce n’est pas aux français de garantir ce contre-pouvoir par leur vote. C’est le PS lui-même qui doit le garantir aux français au travers de son attitude. Car le contre-pouvoir qu'est l'opposition se mesure moins en nombre de voix qu’en attitude. Il y en effet opposition et opposition. Opposition aveugle et frontale et opposition constructive et argumentée. La première n’est que figuration, la seconde remplit dignement son rôle. C’est donc d’abord à la gauche, et non aux français, de faire des efforts afin de voir une vraie opposition digne de ce nom se dessiner au parlement. Le PS ne doit pas continuer son attitude, devenue habituelle ces dernières années, d’opposition frontale, attitude vide et bornée qui a d’ailleurs déplu aux français et qui le lui ont bien montré lors des élections.
Il faut donc désormais une opposition qui fasse passer l'exigence de vérité et de responsabilité
avant l'intérêt partisan qui critique automatiquement tout ce qui vient d'en face. A ce sujet, Pierre Rosanvallon, dans La Contre-Démocratie dit à juste titre: “L’opposition ne peut jouer efficacement son rôle que si elle ne se contente pas de dénoncer pleinement et aveuglement l’action du gouvernement en exercice, mais si le caractère argumenté de sa critique lui permet d’exercer un véritable contre-pouvoir en contraignant fortement la majorité. Cela l’oblige elle-même en retour: elle doit à sont tour convaincre qu’elle a raison contre le gouvernement et qu’elle sera capable de mieux diriger le pays”. Tant que le PS ne remplira pas ces exigences, alors effectivement il n’y aura pas d’opposition digne de ce nom au parlement. Ainsi, plutôt que de crier à la disparition de la démocratie, le PS devrait s’efforcer de correspondre à la stature de ce genre d’opposition plutôt que de faire culpabiliser les français face aux urnes. Et cela passe par une refondation indispensable (voir article La Rose perdue).
Mais il y a d’autre possibilités pour mettre en place un contre-pouvoir en France. La proposition de l’UMP de donner la présidence de la commission des finances de l'Assemblée Nationale à une personne issue de l’opposition est un pas important dans ce sens, proposition que la gauche s’est d’ailleurs bien gardée de faire lorsqu’elle était à son tour dans la majorité. D'autres moyens plus radicaux permettant d'augmenter l'efficacité d'un contre-pouvoir sont envisageables. L’exemple de la Grande Bretagne est très instructif. Le shadow cabinet est un gouvernement-miroir virtuel formé au parlement par l’opposition face au gouvernement investit. Le véritable ministre doit consulter son homologue virtuel de l’opposition régulièrement. Si le ministre n’est engagé à rien à l’issue de ces rencontres, la simple discussion entre les deux permet d’ouvrir le champs des idées, de débloquer le dialogue, et d’obliger l’opposition à la cohérence et à la responsabilité. Ces “rôles partagés” entre opposition et majorité ont été institués dès 1923 en Angleterre en plus des journées de l’opposition -qui détermine ce jour-là les thèmes de la discussion parlementaire-, les présidences de commission -ce que Sarkozy commence à mettre en place-, et l'accès pour l’opposition à des documents classifiés.
Toutes ces propositions empêchent d’un coté la fermeture stérile de l’opposition sur elle-même en l’obligeant à exercer une critique responsable et réfléchie, et de l’autre la majorité à l'écoute et à la prise en compte d'idées divergentes. Le parlement devient dès lors un vrai lieu d'échange et de débat au sein de la vie politique. “S’opposer n’est autre que proposer, une opposition sans proposition n’est qu’un mouvement d’humeur” disait l'écrivain Robert Sabatier. Plus qu’un
changement au sein des institutions, c’est d’abord le PS qui devra laisser ses humeurs diverses et variées de coté et commencer à faire des propositions réalistes pour avoir un vrai débat politique avec une opposition qui incarne un réel contre-pouvoir. Non pas pour sauvegarder la démocratie puisqu'elle n'est en danger, mais pour instaurer un débat politique sain qui manque cruellement aujourd'hui.
MSB
13:05 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : Rosanvallon, Opposition, Sarkozy, Sabatier, PS
mardi, 05 juin 2007
L'héritage Chirac
Après douze années passées à la tête de la France , Jacques Chirac a quitté le palais de l'Élysée. Rares sont les médias qui ont déjà essayé de porter un jugement sur son bilan. C’est sûrement parce que son départ est encore trop chaud. Mais afin d'éviter la bêtise de juger son bilan trop à froid, lorsque le temps nous aura fait oublier bien des choses, voilà ce que l’on peut aujourd’hui retenir de lui.
Jacques Chirac est un homme qui aime la bataille pour le pouvoir, il excelle dans ce domaine. Mais, tel un Dom Juan de la politique, une fois que le défi - la conquête du pouvoir - est gagné, la pratique de ce dernier se révèle beaucoup moins passionnante. Tout commencait pourtant bien: arrivé à la présidence en 1995 alors qu’il était donné mort et enterré politiquement par tous les médias, il s’est rapidement mis au travail avec les réformes des retraites du privé et le gel des fonctionnaires, entreprises par son premier ministre Alain Juppé. Suivirent les immenses grèves de l’hiver 1995-1996, puis la capitulation du gouvernement, la bêtise de la dissolution de l’assemblée et enfin le départ de Juppé. Hanté par cette rebellion massive de la rue et handicapé par un gouvernement qui n’est plus de son bord, Jacques Chirac va désormais s’efforcer de tout faire pour ne pas contrarier le peuple français. Dorénavant, les décisions sont donc prises dans le but premier de ne se mettre personne à dos, au détriment de l'intérêt général de la France . Et à force d'avancer doucement sans brusquer personne pour rendre tout le monde heureux, on raye une à une de l'agenda les réformes qui sont pourtant cruellement indispensables. D’ailleurs, en 2002, son maigre bilan lui assure le plus petit score jamais enregistré par un président sortant au premier tour d'une présidentielle. Se réélection il la doit plutôt à Jean-Marie Le Pen. Cette fois-ci, même avec un gouvernement de droite, la politique affichée - et dont l’efficacité est discutable - de faire “une grande réforme par an” se transforme rapidement en “une petite réforme par an” lorsqu’elle ne termine pas en capitulation devant le moindre signal de mécontentement de la rue (réforme du bac, cpe, etc.).
Au final, sur les dernières années, il a véritablement fini par fausser sa propre appartenance politique et par la même le clivage politique français. Quelques uns le voyaient à droite, d’autres à gauche, certains au centre. En absence de décisions claires et concrètes ainsi que d’un cap fixe revendiqué, la présidence s’est lâchement endormie. Et c’est bien l'état de somnolence de son ancien leader qui explique en partie le réveil de la droite et la rupture qui s’appuye sur l’exemple de cette mollesse présidentielle chiraquienne pour promettre du mouvement et du changement courageux. Bien sur, il y a aussi indéniablement dans le bilan de Jacques Chirac des points positifs et il ne faut surtout pas les oublier. Le non à la guerre en Irak. La professionnalisation de l’armée. La qualification de la France pour la monnaie unique. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs. Ses efforts pour l’Afrique. Tout cela n’est pas rien. Mais en 12 ans de pouvoir ca reste très maigre.
Jacques Chirac, à force de pratiquer la politique de la conciliation à tout va, n’a pas fait bouger grand chose alors que la France perdait continuellement du terrain. Néanmoins, l’Histoire, le gardera sûrement en mémoire comme un grand président qui a oeuvré pour la paix dans le monde et d’une certaine façon pour l’écologie, quand à Johannesburg il est le premier à tirer la sonnette d'alarme: rappelez-vous du désormais célèbre “notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Sur le plan interne le bilan est plus sombre, et si Nicolas Sarkozy a été élu avec un programme aux milles réformes c’est bien parce que elles n’ont malheureusement pas été réalisées avant. Pour finir avec un brin d’ironie et beaucoup d'exageration, on peut dire qu’à l’inverse de Tony Blair qui a tout bien fait sauf l’Irak, Jacques Chirac a tout mal fait sauf l’Irak.
MSB
12:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chirac, Sarkozy, Juppe, Reformes, Blair, Courage
mardi, 29 mai 2007
La rose perdue
Tony Blair, lors de son arrivée à la tête du Labour en 1994, avait annoncé sans ambiguïté la direction qu’il comptait dorénavant donner à la gauche anglaise: “Les idées de Marx, idées selon lesquelles il faut tout mettre dans les mains de l’Etat, sont mortes. Elles ne sont pas vieilles, elles sont mortes.” La suite est connue. La création du New Labour. L'élection de 1997. La troisième voie. Et le regard désormais jaloux de toute l’Europe sur l’économie anglaise. Aujourd’hui, après dix années passées au 10 Downing Street, Tony Blair s’en va laissant derrière lui un fier bilan interne avec une économie dynamique et revitalisée dotée d’un chômage et d’une pauvreté au plus bas. Le hasard n’y est pour rien, ce bilan est le résultat d’une politique revendiquée de libéralisme social, combinant subtilement protection et flexibilité. Politique moderne à l’image du New Labour, parti de gauche modernisé qui a su, sans complexes, s’adapter aux réalités du monde contemporain et, grâce à une profonde refondation idéologique, se libérer de l’emprise marxiste.
Refondation. Ce mot qui était d’actualité il y a dix ans en Angleterre apparaît seulement timidement aujourd’hui au sein de la gauche française après la déroute des élections présidentielles. Le PS n’est pas le Labour, il est très très loin de son grand frère anglais, aussi bien sur le plan idéologique que sur celui de l’exercice du pouvoir. Si le PS est aujourd’hui un champs de ruines, c’est parce qu’il s’est lancé dans cette campagne avec un projet incohérent, vieux et utopique qui ne faisait même pas l’unanimité en son sein. Retour sur un échec.
Tout a commencé avec le traité constitutionnel européen. Alors que le secrétaire général du PS se prononçait en faveur, un très grand nombre d’adhérents et de sympathisants, emmenés par les Fabius, Melenchon et MJS se rangeaient du
côté du non. A donc surgit une division très claire et nette sur un thème aussi crucial que l’Europe. Au lieu de chercher un remède à cette profonde fracture quand même grave pour un parti politique, le PS a fermé les yeux comme si de rien n’était. Désormais, voulant garder tout le monde sur le même bateau, les socialistes ont arrêté de penser pour éviter la mutinerie, synonyme de naufrage. En clair, l’impératif de rester unis a entraîné l’enterrement du débat d’idées, source inévitable de conflits. Pourtant, en tant que force d’opposition au parlement, les socialistes avaient cinq ans pour réfléchir. Mais ils ont préféré passer leur temps à taper en face afin d’éviter soigneusement de se taper dessus. Ils ont préféré la critique vide plutôt que la réflexion constructive. L’épisode des retraites est à l’image du decalage des socialistes français de leurs collègues européens. Alors que le SPD, parti allemand de gauche, proposait avec la CDU, de droite, la retraite à 67 ans, le PS s’acharnait contre les lois Fillon qui prévoyaient un allongement de la durée de cotisation pourtant bien moindre qu’en Allemagne.
Suivant la même logique visant à repousser les idées au second plan faute d’unanimité, les adhérents socialistes ont choisi avec Segolène plutôt l’image que le fond: son charme et sa féminité ainsi que les sondages qui la donnaient gagnante en faisait une candidate parfaite. Quant à ses idées, dont il est vrai, personne ne connaissait grand chose à l’époque, elles furent volontairement oubliées lors de sa désignation. A quoi bon relancer un débat à la veille des élections. La campagne lancée, le manque évident d’idées réalistes inquiétait. Rappelez-vous
combien de temps il a fallu attendre pour enfin connaître quelques propositions concrètes de Madame Royal. Rappelez-vous de la cacophonie de propositions contradictoires. Rappelez-vous des gaffes a répétition. Pour y faire face, on ressortit la même et bonne vieille recette facile: plutôt que de parler de nous, parlons de lui. Prétendants être les seuls et uniques détenteurs de la morale politique - rappelez-vous Segolène Royal lors du débat: “on atteint le summum de l'immoralité politique!”- les socialistes se sont acharnés à diaboliser leur adversaire. Nous gentils, eux méchants. “Dangereux”, “violent”, “anxiogène” les adjectifs belliqueux ne manquaient pas à l’égard de Nicolas Sarkozy.
Mais la droite, elle, s’était préparée. Tirant les conséquences de ses erreurs du passé et de la réputation que lui étiquetait la gauche, la droite a fait l’inverse. Au lieu de tout miser sur l’image, elle a contourné la mauvaise réputation, qui lui collait à la peau, en rénovant ses idées pour finalement proposer un grand programme intelligent et réaliste, fruit d’une longue réflexion. Les français ont, heureusement et comme il se doit dans un démocratie saine, choisit le projet. Et on ne peut que se réjouir du fait que ce soit ceux qui ont le plus travaillé sur le fond qui l’emportent à la fin. Le PS doit maintenant se relever. C’est un grand parti français nécessaire à la vie politique. Un nouveau PS facilitera la discussion constructive entre droite et gauche et c’est la France toute entière qui y gagnera. Madame Royal ne veut toujours pas reconnaître sa responsabilité dans la défaite et les éléphants encore moins. Voici désormais venu pour le PS le temps d’une autre forme de critique: l’auto-critique.
MSB
21:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : PS, Royal, Sarkozy, Blair, Marx
vendredi, 25 mai 2007
Nicolas et le courage
Il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar. Les idées de Le Pen n'appartiennent qu'à Le Pen, et tenter par tous les moyens de tirer un parallèle entre les idées xénophobes et nauséabondes de Jean Marie et celles innovatrices de
Nicolas fait beaucoup de mal au débat démocratique. La caricature des idées, en politique, c'est l'arme des faibles. Elle végète stérilement là où le débat de fond est inexistant. On peut parfaitement ne pas être d'accord avec les idées de Nicolas, mais de là à aller afficher dans les rues des photos de lui portant le titre "voter Le Pen", il y a une limite qui s'appelle la tolérance. Si Nicolas Sarkozy a été tellement attaqué c'est d'abord parce que les idées qu'il a mis en avant sont innovatrices, notamment sur l'immigration. Dans la société française, la nouveauté fait peur et agite les passions, et l'immigration est depuis des décennies un de ses sujets les plus tabou. Si vous mélanger les deux, le résultat donne un problématique cocktail explosif, qu'il faut pourtant régler, et que seul Nicolas Sarkozy a eut le courage de prendre en main, après des années de surplace idéologique en la matière.
Toute la pseudo-polémique tient en deux mots. L'immigration choisie. C'est pourtant exactement ce que font tous nos voisins européens, sont-ils pour autant xénophobes? Non. Ce que Le Pen propose, l'immigration zéro et la France aux français, est indiscutablement xénophobe. Ce que la gauche propose, la politique d'immigration des portes grandes ouvertes, peut donner bonne conscience, mais de manière illusoire seulement, car elle est clairement irresponsable. Ce que Nicolas propose a le mérite d'être le juste milieu entre ces deux conceptions radicalement opposées. Accepter les immigrants qui veulent apprendre le français et qui ont des vraies perspectives de travail dans leur secteur professionnel en France n'a rien de choquant. Si on ajoute à cela sa proposition
de repenser et de compléter l'immigration choisie par un ambitieux projet de co-développement pour combattre la source du problème - la misère - alors le résultat est intelligent et réaliste. Ce que la gauche, plus précisément Michel Rocard, avait dit: "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part", Nicolas l'a fait.
Soyons lucides, la plupart des électeurs de Le Pen le sont plus par désespoir politique que par conviction. Ils ne sont pas tous des racistes convaincus. Redonner de l'espoir a de tels électeurs est le rôle de tout responsable politique. Dire que Nicolas est allé "chasser sur les terres de Jean-Marie" est une aberration. Il est allé parler à ces électeurs désespérés en leur proposant des idées beaucoup moins radicales et moins extrémistes que Le Pen, qui les ont au final séduit par leur nouveauté, leur redonnant l'espoir, peut être confirmé dans le futur, qu'elles marcheront. Ce que Nicolas leur a dit c'est : même si je sais que vous ne croyez plus aux promesses parce que depuis des décennies elles ne sont pas tenues ou ne marchent pas, vous n'avez pas besoin d'aller illusoirement voter Le Pen pour croire faire changer les choses, moi je viens vous proposer quelque-chose qui a le mérite d'être nouveau, qui peut vraiment marcher, et qui est tres loin d'être aussi radical que les idées de Le Pen. L'innovation idéologique républicaine a réussit à répondre au desespoir citoyen et à effacer chez certains decus de la politique l'attrait pour la bêtise et le danger des idées extrêmistes.
Le courage politique a heureusement fait taire la caricature contre-productive, mais jusqu'à quand? La droite, pendant les deux ans précédents l'élection présidentielle, a réalisé cette remise en question idéologique indispensable à toute formation politique à la veille d'élections, pour ne pas se décrocher de la réalité du monde autour de nous qui change en permanence. La gauche a cru que en s'auto-octroyant le monopole de la morale et du social, les idées importaient finalement peu. Elle a eut tort et les français le lui ont clairement montré. Re-fondation est le mot sur toutes les lèvres au PS, ce n'est pas trop tôt. Malheureusement c'était avant l'élection qu'il fallait le faire.
Quand les idées passées ne marchent plus, il ne faut pas avoir peur de passer à autre chose quitte à essuyer les critiques les plus virulentes puisque tel est le prix du courage. En France on l'oublie malheureusement trop souvent. Certains ont oublié que la politique c'est aussi et surtout regarder le futur dans les yeux en réfléchissant en permanence à de nouvelles idées tout en sachant les défendre. Georges Clemenceau en parlant de la conception de l'homme politique qu'il avait, disait: "Il faut d'abord savoir ce que l'on veut. Quand on le sait il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit il faut avoir le courage de le faire". Nicolas Sarkozy, tout nouveau Président de la République, est l'incarnation même de cette citation. Il a ouvert une nouvelle voie, celle du courage.
MSB
17:25 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Rocard, Clemenceau, Immigration, Courage, Le Pen

