mardi, 29 mai 2007

La rose perdue

77d73b2ea50be6f11484ed2ba71cd178.jpgTony Blair, lors de son arrivée à la tête du Labour en 1994, avait annoncé sans ambiguïté la direction qu’il comptait dorénavant donner à la gauche anglaise: “Les idées de Marx, idées selon lesquelles il faut tout mettre dans les mains de l’Etat, sont mortes. Elles ne sont pas vieilles, elles sont mortes.” La suite est connue. La création du New Labour. L'élection de 1997. La troisième voie. Et le regard désormais jaloux de toute l’Europe sur l’économie anglaise. Aujourd’hui, après dix années passées au 10 Downing Street, Tony Blair s’en va laissant derrière lui un fier bilan interne avec une économie dynamique et revitalisée dotée d’un chômage et d’une pauvreté au plus bas. Le hasard n’y est pour rien, ce bilan est le résultat d’une politique revendiquée de libéralisme social, combinant subtilement protection et flexibilité. Politique moderne à l’image du New Labour, parti de gauche modernisé qui a su, sans complexes, s’adapter aux réalités du monde contemporain et, grâce à une profonde refondation idéologique, se libérer de l’emprise marxiste.

Refondation. Ce mot qui était d’actualité il y a dix ans en Angleterre apparaît seulement timidement aujourd’hui au sein de la gauche française après la déroute des élections présidentielles. Le PS n’est pas le Labour, il est très très loin de son grand frère anglais, aussi bien sur le plan idéologique que sur celui de l’exercice du pouvoir. Si le PS est aujourd’hui un champs de ruines, c’est parce qu’il s’est lancé dans cette campagne avec un projet incohérent, vieux et utopique qui ne faisait même pas l’unanimité en son sein. Retour sur un échec.

Tout a commencé avec le traité constitutionnel européen. Alors que le secrétaire général du PS se prononçait en faveur, un très grand nombre d’adhérents et de sympathisants, emmenés par les Fabius,  Melenchon et MJS se rangeaient duf38c6ab386323612762655a732b79855.jpg côté du non. A donc surgit une division très claire et nette sur un thème aussi crucial que l’Europe. Au lieu de chercher un remède à cette profonde fracture quand même grave pour un parti politique, le PS a fermé les yeux comme si de rien n’était. Désormais, voulant garder tout le monde sur le même bateau, les socialistes ont arrêté de penser pour éviter la mutinerie, synonyme de naufrage. En clair, l’impératif de rester unis a entraîné l’enterrement du débat d’idées, source inévitable de conflits. Pourtant, en tant que force d’opposition au parlement, les socialistes avaient cinq ans pour  réfléchir. Mais ils ont préféré passer leur temps à taper en face afin d’éviter soigneusement de se taper dessus. Ils ont préféré la critique vide plutôt que la réflexion constructive. L’épisode des retraites est à l’image du decalage des socialistes français de leurs collègues européens. Alors que le SPD, parti allemand de gauche, proposait avec la CDU, de droite, la retraite à 67 ans, le PS s’acharnait contre les lois Fillon qui prévoyaient un allongement de la durée de cotisation pourtant bien moindre qu’en Allemagne.

Suivant la même logique visant à repousser les idées au second plan faute d’unanimité, les adhérents socialistes ont choisi avec Segolène plutôt l’image que le fond: son charme et sa féminité ainsi que les sondages qui la donnaient gagnante en faisait une candidate parfaite. Quant à ses idées, dont il est vrai, personne ne connaissait grand chose à l’époque, elles furent volontairement oubliées lors de sa désignation. A quoi bon relancer un débat à la veille des élections. La campagne lancée, le manque évident d’idées réalistes inquiétait. Rappelez-vous 261113a7fa9534e253da7c0e5836df26.jpgcombien de temps il a fallu attendre pour enfin connaître quelques propositions concrètes de Madame Royal. Rappelez-vous de la cacophonie de propositions contradictoires. Rappelez-vous des gaffes a répétition. Pour y faire face, on ressortit la même et bonne vieille recette facile: plutôt que de parler de nous, parlons de lui. Prétendants être les seuls et uniques détenteurs de la morale politique - rappelez-vous Segolène Royal lors du débat: “on atteint le summum de l'immoralité politique!”- les socialistes se sont acharnés à diaboliser leur adversaire. Nous gentils, eux méchants. “Dangereux”, “violent”, “anxiogène” les adjectifs belliqueux ne manquaient pas à l’égard de Nicolas Sarkozy.

Mais la droite, elle, s’était préparée. Tirant les conséquences de ses erreurs du passé et de la réputation que lui étiquetait la gauche, la droite a fait l’inverse. Au lieu de tout miser sur l’image, elle a contourné la mauvaise réputation, qui lui collait à la peau, en rénovant ses idées pour finalement proposer un grand programme intelligent et réaliste, fruit d’une longue réflexion. Les français ont, heureusement et comme il se doit dans un démocratie saine, choisit le projet. Et on ne peut que se réjouir du fait que ce soit ceux qui ont le plus travaillé sur le fond qui l’emportent à la fin. Le PS doit maintenant se relever. C’est un grand parti français nécessaire à la vie politique. Un nouveau PS facilitera la discussion constructive entre droite et gauche et c’est la France toute entière qui y gagnera. Madame Royal ne veut toujours pas reconnaître sa responsabilité dans la défaite et les éléphants encore moins. Voici désormais venu pour le PS le temps d’une autre forme de critique: l’auto-critique.

MSB

jeudi, 24 mai 2007

Petite redéfinition de la démocratie

78eaaa1f3ea54bd0036d12dce46fcb26.jpgAlain, dans Propos de Politique écrit: "La fausse idée de la démocratie est que le peuple gouverne, mais aussi ce n'est pas, comme on dit, une erreur de la démocratie, c'est une erreur sur la démocratie ".

Il y ajoute dans Propos de Pouvoirs: "La démocratie réserve au peuple un pouvoir de regard et de jugement, il n'en faut pas plus ", et d'en conclure "il est donc inévitable que le citoyen libre soit presque toujours un mécontent ". En prenant ce point de vue, le mécontentement du peuple envers ses dirigeants n'a rien d'extraordinaire mais est plutôt naturel et intrinsèque au fait même d'être citoyen. En exagérant à l'extrême on pourrait même conclure qu'un citoyen heureux louant ses dirigeants est un mauvais citoyen, alors qu'un citoyen dubitatif et critique remplit pleinement sa fonction.

La démocratie ce n'est donc pas le pouvoir par le peuple à travers la designation populaire des dirigeants, mais bien plutôt le contrôle citoyen continu via les médias et/ou les mobilisations de masse. Ce n'est pas le pouvoir de désigner mais plutôt celui de faire peser sur les dirigeants un risque de destitution permanent. Redéfinition qui s'oppose à celle des manuels scolaires, mais qui finalement implique les mêmes conséquences, ce sont bel et bien les citoyens qui peuvent changer la direction de leur pays, même si ils ne gouvernent pas. La démocratie assure finalement sa sauvegarde par la force, au travers d'une épée de Damocles qui menace malicieusement chaque personne s'approchant trop dangeureusement de sa destinée.

Cette épée c'est nous, citoyens, qui la tenons.

 

MSB