mercredi, 10 décembre 2008
Le libéralisme est-il coupable?
Comme l’a déjà montré l’article « le capitalisme n’est pas en crise » de ce blog, le capitalisme est innocent dans la crise économique actuelle et les critiques formulées à son égard semblent s’être estompées. Désormais, la crise est présentée comme la conséquence du libéralisme économique. La cause ne serait donc plus le système capitaliste mais son mode de fonctionnement libéral?
Pour designer le bon coupable encore faut-il bien connaître le suspect désigné. Friedrich von Hayek, libéral parmi les libéraux, s’est toujours efforcé de définir l’essence idéologique du libéralisme dans ses livres. Dans La Route de la Servitude il écrit : « il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable ; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toute. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition ». Le libéralisme peut donc se résumer en un principe simple : utiliser le plus possible la liberté et le moins possible tout ce qui viendrait la contraindre. Il se place ainsi dans la lignée directe des Lumières et de la doctrine individualiste d’Erasme et de Montaigne. Et son succès s’explique par sa force principale qu’est son pragmatisme : le libéralisme est tout sauf dogmatique, il sait s’adapter aux spécificités culturelles et historiques des nations et peut facilement varier d’un pays à l’autre dans son application. Mais il n’est pas naïf, il sait aussi que la liberté comporte en elle-même les germes de sa propre destruction quand aucune limite ne lui est imposée. La devise du « laisser-faire » qui le caractérise - résumé caricatural de la « main invisible » d’Adam Smith - n’a jamais voulu dire « laisser
tout faire ». Ainsi, Hayek poursuit :« Le libéralisme est basé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels. Il ne nie pas, mais souligne au contraire que pour que la concurrence puisse jouer un rôle bienfaisant, une armature juridique soigneusement conçue est nécessaire ; il admet que les lois passées et présentes ont de graves défauts. Il ne nie pas non plus que partout où il est impossible de rendre la concurrence efficace, il nous faut recourir à d’autres méthodes pour guider l’activité économique ».
La régulation est donc plus qu’inhérente au libéralisme, elle en est une condition sine qua non et même les services publics ne lui sont pas incompatibles : « la préservation de la concurrence n’est pas davantage incompatible avec un vaste système de services sociaux ». Mais si le libéralisme tire dans sa flexibilité idéologique sa force, elle peut aussi se retourner contre lui quand certains en profitent pour le pervertir en oubliant son impératif de régulation. C’est ainsi qu’est né l’ultralibéralisme, tel un enfant illégitime qui ne connaît ni les règles ni la contrainte. Il a par exemple été appliqué à certains marchés financiers – comme celui des CDS ou les marchés OTC - par les conservateurs américains dans le but d’atteindre une illusoire allocation optimale et naturelle des capitaux. Les abus et l’excès de liberté les ont transformé en véritable Cour des Miracles. Malgré tout, ils n’ont été que des propagateurs de la crise, en aucun cas sa cause.
A la racine de cette crise il y a avant tout les crédits subprimes, ces fameux prêts contractés par des américains très peu solvables en l’échange d’intérêts très élevés à la mesure du risque. Ce n’est pas le marché qui les a créé mais bien la volonté politique de l’administration Clinton visant à faire de chaque américain un propriétaire quel que soient ses revenus. Pour s’assurer de leur succès, l’Etat à chargé deux de ses agences, Fannie Mae et Freddie Mac, de soutenir le marché des crédits immobiliers en rachetant massivement ces crédits risqués aux mortgage lenders, les petits établissements privés qui les proposaient aux ménages et qui depuis tombent comme des mouches. La pression exercée par les deux agences a provoqué un énorme appel d’air qui a poussé les mortgage lenders à faire de la quantité sans regarder la qualité. Lorsque Fannie Mae et Freddie Mac transformèrent ces crédits en produits financiers via la titrisation, les agences de notations, chargées de noter leur qualité, ont failli et trompé les marchés en mettant les meilleures notes à ces actifs extrêmement toxiques. Il n’y a malheureusement que trois agences de notations sur les marchés financiers, formant un véritable oligopole extrêmement contrôlé par l’Etat. La réalité de cette crise est donc bien plus compliquée que le laissent penser ceux qui crachent sur le libéralisme car il y a eut à la fois trop de liberté - absence de contrôle du crédit immobilier américain et sur certains marchés financiers - et pas assez de concurrence - oligopole des agences de notation, interventionnisme de l’Etat à travers Fannie Mae et Freddie Mac - ce qui rend impossible la désignation d’un seul coupable.

Il est clair que les marchés financiers ont joué un rôle de propagation et d’accélération de la crise à cause de leur position centrale dans l’économie. Leur exubérance irrationnelle s’est occupée du reste, favorisée par le développement poussé des méthodes quantitatives - comme le rappelle Nassim Nicholas Taleb dans un magnifique article très polémique - qui consistent à faire gérer des actifs financiers uniquement par des programmes informatiques. Mais si l’excès de liberté sur certains marchés financier est critiquable, il faut se garder de dénigrer hypocritement les produits financiers dont tout le monde bénéficie en dehors des périodes de crise. Car comme le rappelle Alain Madelin, ces derniers sont devenus toxiques uniquement à cause de ce qu’on a mis au départ dedans : « La crise s'explique aussi par le fait que ces créances hypothécaires toxiques bénéficiant du label de l'Etat ont été à la faveur des innovations financières incorporées dans des produits complexes et disséminés sur une très large échelle. Mais il n'y a rien de plus stupide que de faire porter à ces innovations financières, conçues pour diviser et réduire les risques, la responsabilité de la crise. Il serait tout aussi stupide de condamner les avions au motif qu'ils peuvent contribuer à propager une épidémie ».
Cette crise n’est donc pas celle du libéralisme, elle a été provoquée par le péché originel que sont les subprimes et elle a révélé tout au long de sa chaîne de propagation des lacunes graves résultant par endroits d’excès de libertés mais aussi d’absence de libertés. L’ultralibéralisme a bien sa part de responsabilité même s’il n’est pas le seul fautif. La réalité est plus compliquée qu’il n’y parait puisqu’il s'avère qu'il y a eut à la fois trop de libéralisme et pas assez. Tout dépend d’où on se situe sur la longue chaîne de propagation de la crise. Finalement, c’est bien une crise de la régulation mais pas celle d’une absence de régulation, encore moins celle d’un excès de régulation. Cette crise n'est ni plus ni moins que le résultat d’une mauvaise régulation.
MSB
16:15 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : libéralisme, hayek, subprime, crise, liberté, économie, capitalisme


Commentaires
Expliquer la "crise du libéralisme" avec Hayek en critiquant au passage la politique économique de Clinton, artisan des 100 mois de croissance de l'économie US! C'était osé et pourtant t'es plutôt convaincant.
Il est seulement dommage que la phrase de Hayek: "dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition » n'inspire pas plus le gouvernement actuel dans sa gestion des problèmes sociaux et notamment le problème des SDF.
Dernière précision tu as l'air de dire que les subprimes sont les principaux responsables de la crise, j'en vois au moins deux autres aussi importants: la diffusion gigantesque des Credit Default Swap et le niveau trop important des liquidités liés à un niveau historiquement faibles de taux d'intérêt depuis 2001.
Cordialement
A.B.
http://abenarous.wordpress.com/
Ecrit par : A.B. | mercredi, 10 décembre 2008
Très Intéressant, notamment la thèse qui pointe le rôle du politique dans la crise et la promotion artificielle de l'American Dream "tous propriétaires". Par la dette, seul moyen de gagner du pouvoir d'achat en raison de la stagnation des salaires, certains ménages ont dépensé plus qu'ils n'auraient jamais pour rembourser. Au nom de l'accès à la propriété. Au nom parfois aussi de la seule croissance, qui a obnubilé les décideurs américains qui n'ont pas vu la bulle se créer.
La crise des subprimes :
- ou quand un peuple cherche à vivre au dessus de ses moyens et que le politique l'y encourage,
- ou quand ceux qui possèdent la technique financière et l'information (banquiers et "initiés") font des malheureux sans perdre grand chose eux-mêmes.
Ta défense du libéralisme est vraiment bien argumentée et documentée par les différents textes et auteurs, elle est d'ailleurs plus percutante que celle du capitalisme. Peut-être par ce que le libéralisme est un esprit et une philosophie au delà d'un système marchand et organisationnel. Il n'empêche que l'un comme l'autres doivent ont plus que jamais besoin de pédadogues, notamment parmi les politiques : on les cherche trop souvent, même si ce gouvernement a fait qqs progrès...
Ecrit par : Had | samedi, 13 décembre 2008
Salut !
J'ai commencé à lire ton article ... une défense du libéralisme pour prouver qu'il n'est pas la cause de la crise, intéressante initiative...
Je vois ainsi que (pour moi) tu as une bonne documentation et des bonnes connaissances derrière toi: une très bonne connaissance du principe du libéralisme et de l'évolution de la connaissance de ce principe: tendre vers plus de liberté, ok. Et c'est donc ainsi que tu souhaite expliquer que le libéralisme n'est pas la cause de la crise. Mais je trouve ca tout a fait déplacé:
Ce que tu dis, c'est que l'idéal libéral étant adaptable et noble, ce n'est donc pas ce qui a foutu le monde dans une merde économique ... mais c'est bien dans une idéologie souvent pronée "libérale" depuis les 30 dernières années, que divers gouvernements de pays différents ont mis en place les enjeux financiers qui nous ont fait nous écraser désormais ...
C'est bien en spéculant de plus en plus sur des valeurs qui n'éxistaient plus ou a peine, que l'économie virtuelle et maintenant réele c'est écroulé ...
Peut être qu'à l'origine, le libéralisme est quelque chose de bon, de beau, mais le crash de l'économie est bien du à l'économie pronée par Sarkozy et ses prédécéseurs d'une économie no limit sur la base du libéralisme ...
On pourrait comparer ta défense à celle du communisme russe par rapport à l'idéal: l'idéal communiste est très bon aussi, il défend une autre valeur primordiale qui n'est pas la liberté mais l'égalité, et en fait un idéal qui s'adapte a un gouvernement international ... mais sa réalisation en URSS ne s'est pas bien passé, et les gens font désormais l'assimilation entre l'idéal et l'URSS ...
Chacun son tour ...
dans l'espoir de pouvoir en parler avec toi
Robin
Ecrit par : Robin | mercredi, 17 décembre 2008
Merci Robin pour ce commentaire, je l'attendais de pied ferme!
Je vois bien ce que tu me reproches: de blanchir le libéralisme en opposant l'idée et la pratique, d'accuser une vague chimère du libéralisme pour déculpabiliser le "vrai" libéralisme...
Tout d'abord, mon article ne dit pas que le libéralisme n'est pas coupable, il dit que l'ultralibéralisme est en partie coupable et donc indirectement le libéralisme. Mais ce que je cherche à montrer c'est que la cause initiale de la chaîne - les subprimes - sont le fruit d'un interventionnisme étatique pour forcer le marché. La le libéralisme n'y est pour rien du tout, bien au contraire. Il en va de même avec Freddie Mac et Fannie Mae, organisations semi-étatiques qui avaient pour elles la garantie implicite de l'état, garantie qui s'est verifiée par leur nationalisation.
Donc je ne suis pas d'accord pour dire que c'est une idéologie libérale qui a provoqué cette crise. Je suis d'accord pour dire qu'il y a eu trop de libéralisme dans le monde de la finance et que cela a propagé la crise en augmentant les risque plutôt que les réduire comme c'était l'objectif initial du développement de tous ces nouveaux produits financiers.
En gros quand tu met une mauvaise essence dans ta voiture et que au bout de 500 m elle s'arrête net, tu ne vas pas jeter la voiture mais tu vas blâmer l'essence. Ici c'est pareil, l'essence c'est les subprimes qui ont été disseminés et multipliés par une action volontariste de l'état, faussant le marché. Et cela a permis de déceler des aberrations sur le fonctionnement de certains pans des marchés financiers, mais même si il faut les modifier elles n'ont pas provoqué la crise, elles l'ont amplifié.
Quand tu dis que le crash de l'économie est dû à "l'économie pronée par Sarkozy et ses prédécéseurs d'une économie no limit sur la base du libéralisme" je ne suis pas du tout d'accord. d'abord c'est archi-faux, la crise a éclaté en 2006, a cette époque Sarkozy etait encore au ministère de l'intérieur...Quant à ses prédecesseurs ils sont tout sauf libéraux! Et puis je ne sais pas ce que tu appelles un liberalisme no limit mais ce n'est certainement pas celui qui est pratiqué en Europe...
Et puis quand tu dis "l'idéal communiste est très bon aussi, il défend une autre valeur primordiale qui n'est pas la liberté mais l'égalité", je te trouve bien idéaliste, même si l'idée est belle (je te l'accorde) elle n'est pas compatible avec la nature de l'homme qui est emprunte de désir. Vouloir rendre les hommes égaux est impossible à mes yeux tout simplement parce que l'homme cherche toujours à se dépasser lui-même (je te l'avoue je lis beaucoup Nietszche et Spinoza) et les autres. C'est comme ca. Mais ca c'est un autre débat...
Ecrit par : pete | jeudi, 18 décembre 2008
Bonjour,
Je m'appel Benjamin MARGUERITAT je suis originaire d'Aix-en-Provence. Militant aixois UMP et au sein de l’équipe iforce UMP.
J'écris ce message afin de vous présenter mon nouveau site Internet : http://www.ensemblepourmaville.fr
C'est un annuaire des site ou blogs UMP, cet annuaire référence les élus, les militants, les blogueurs UMP, les jeunes populaires et jeunes actifs…
Je suis passé sur votre blog/site, que je trouve fort intéressant et très bien construit, je vous propose de l'inscrire sur notre annuaire.
(PAS DE PANIQUE - si votre ville n'apparaît pas dans les catégories une simple demande par E-mail ici et elle sera rajoutée sous peu de temps.)
Pour ajouter votre blog/site, si votre ville est représentée :
(2 méthodes)
1- Vous me transmettez toutes les informations à propos de votre blog ainsi que le nom de votre ville, et vos coordonnées e-mail. Je me charge d’inscrire votre blog/site dans les plus brefs délais.(Pas de partie membre)
2- Vous pouvez inscrire vous-même le blog/site dans la partie "soumettre votre site ou zone membre " au sein de l'annuaire.
Merci de votre aide pour développer cet annuaire
Je compte sur vous pour m'aider à le développer et ainsi créer un réseau multimédia organisé, pour notre mouvement populaire.
Pour se faire vous pouvez rejoindre le groupe Facebook, inviter vos amis à le rejoindre, le groupe se trouve à l'adresse :
- http://www.facebook.com/group.php?gid=49044737848
Où en créant un article sur votre Blog/Site présentant l’annuaire, si vous avez besoin d’une image présentant l’annuaire demandez-moi par e-mail.
PS : Si vous avez des idées à me faire passer pour améliorer notre site, n'hésitez pas je reste joignable sur mon e-mail ( voir plus bas )
Ensemblepourmaville.fr
Benjamin MARGUERITAT
Tel :06 43 10 15 96
benjamin@ensemblepourmaville.fr
Mon site perso :
-www.enemblepouraix.com
Ecrit par : benjamin margueritat | vendredi, 19 décembre 2008
Je ne savais pas que Clinton était un affreux socialiste, ainsi que les dirigeants des 2 agences Fannie Mae et Freddie Mac !
La vérité sur le Libéralisme, compte-tenu des circonstances, a été démontré par la crise des subprime.
Devant un problème de fond, dépassant largement le vecteur de la crise traitée, vouloir expliquer -justifier ?- par le petit bout de la lorgnette, permet toujours de s'en sortir...
Car, en fait, c'aurait pu être les CDS et autres produits dérivés (achats à terme...) sortis de cerveaux cupides et malades qui ne créent aucune richesse de biens et de services, la technique du LBO qui en détruit plus à moyen terme (de la richesse), le crédit des particuliers avec l'endettement de l'américain moyen...
En outre, les richesses -virtuelles ou non- ont créé un gouffre dans les écarts de revenus et totalement annihilé toute représentation démocratique et sociale dans toutes les instances de décision et d'information (la presse non indépendante).
Pour en revenir aux origines de la crise, la dernière..., elle n'est donc que la conséquence des 30 dernières années pourtant annoncées par les nombreuses toutes dernières crises et scandales :
la criminelle dépossession du droit régalien de battre monnaie, l'obligation d'emprunter à une banque centrale au service des puissants, le détournement des salaires vers le capital (qui en plus oublia d'investir) et les actionnaires comme le démontre -outre la constatation de la ménagère du coin- l'analyse des PIB depuis 20 ans, la manipulation de la mondialisation pour notamment mieux exploiter la délocalisation... ont entraîné le recul des pouvoirs d'achat, du droit du travail et des libertés, de la qualité de vie...
Une fois retrouvé les marges d'avant-guerre, après la parenthèse des trente glorieuses que Kessler et ses compères ont détruits, seule la fuite en avant pouvait maintenir les monstrueux revenus des criminels entrepreneurs : ce fut alors la course aux crédits fou proposés par les possédants-décideurs (vous n'étiez pas un adorateur du patron de la FED d'alors ?) pour maintenir la consommation des salariés à un niveau qui leur permettait de conserver leurs bénéfices par des progressions à 2 chiffres.
Il n'est pas rare de rencontrer des "smicards" américains avec 10 cartes de crédit par exemple...
Enfin, et c'est peut-être le plus grave, vous confondez grossièrement - et vous êtes dans la norme en cela- libéralisme et capitalisme.
Je paraphraserai R. Luxemburg en disant le Libéralisme, c'est toujours celui de l'autre : nous sommes dans un modèle économique anti-concurrentiel et dont la principale variable d'ajustement est le salarié (salaire, conditions de travail...). Il faut être malhonnête ou en dehors de la VRAIE vie pour ne pas le reconnaître.
Il n'est que de suivre l'actualité judiciaire et économique pour constater l'iceberg des condamnations pour entente illicite et autres trusts...
Les chacals abattent (privatisent) les derniers bastions d'activités publiques que pour créer de plus grosses entités, conglomérats anti-économiques et anti-concurrentiels !
Depuis des années, on assiste à la concentration des monopoles, par le rachat de concurrents (pour mieux les tuer ou devenir dictateur sur son marché) et la crise -qui ne fait que commencer- renforce encore plus la concentration des entreprises.
Je vous invite à lire vraiment -ou relire - Smith et son traité sur la richesse des nations : nous sommes aux antipodes de ce qu'il a écrit et avons fait un retour de 60 ans dans l'archaïsme économique et politique...
Nous assistons en ce moment à une fuite en avant généralisée du capitalisme et ce n'est pas l'affaire Madoff qui va démontrer le contraire. Toute la presse des Lagardère, des Bolloré, des Dassault, des Rothschild, des Bouyghes... tentent de faire passer ce financier pour un méchant isolé alors qu'il était couvert par tout le monde de la politique et de la finance pour avoir pu réussir à voler durant près de 20 ans...
J'attends le prochain évènement avec impatience et souhaite sincèrement l'explosion totale de l'économie, seul moyen de renverser l'idéologie dominante.
Ecrit par : R.L. | vendredi, 19 décembre 2008
Waow, à la première lecture de ton post je me suis demandé si c'était de l'ironie ou veritablement le sens de ton opinion. Malheureusement je pense que tu n'es pas ironique. Je vais reprendre paragraphe par paragraphe ton argumentation tres dense et fausse.
1. Qui a dit que Clinton était un affreux socialiste?
2. Les subprimes ne sont pas le bout de la lorgnette, ils sont la cause initiale de toute cette crise!
3. C'est faux! En soit les CDS n'auraient pas pu créer la crise, ils sont simplement une garantie contre le risque de défaut et permettent de réduire les risques. Certes le fonctionnement du marché des CDS est a revoir (par ex. faire en sorte qu'il y ait des market makers provisionnant les engagement des deux parties afin de s'assurer que la partie vendeuse ait réllement les moyens de compenser en cas de défaut, ce n'est pas le cas aujourd'hui) mais il n'aurait pas pu par lui-même créer la crise car il a uniquement pour role de compenser les pertes. Ce qui a fait que les CDS ont amplifié la crise (notamment plombé Lehman et AIG) c'est que les faillites se sont enchainées et ont entrainé le paiement de facto de cette garantie alors que certains ne pouvaient se le permettre. Les CDS ont subi la crise, mais ils ne peuvent la provoquer. Quant aux LBO, c'est un instrument assez interessant pour sauver des entreprises et leur permettre de trouver du capital. Certains n'ont pas marché, d'autres en ont profité pour licencier et revendre, mais c'est très minoritaire dans l'ensemble, pas de quoi en faire une généralité.
Quant aux différences de richesse aux US c'est vrai que globalement les revenus de la classe moyenne ont stagné, voire reculé (Krugman) alors que les revenus élevés ont explosé, mais je ne vois pas comment cela a "annihilé toute représentation démocratique et sociale dans toutes les instances de décision et d'information" comme tu le dis, la démocratie américaine a démontré avec Obama qu'elle plus forte que jamais, ton argument est donc faux.
4. "criminelle deposession du droit régalien de battre monnaie"??? heureusement que ce ne sont pas les gouvernement qui battent la monnaie! C'est une des grandes lecons de l'Histoire! D'ailleurs tu es contradictoire quand tu dis dans le 5. "la course aux crédits fou proposés par les possédants-décideurs (vous n'étiez pas un adorateur du patron de la FED d'alors ?)", parce qu'une banque centrale aux mains du gouvernement aurait exactement cet effet. Tout l'interet de rendre indépendante les banques centrales consiste à eviter que les decisions d'offre monetaire soient motivées plus par des décisions politiques qu'économiques!!!
Quant au détournement des salaires vers le capital c'est faux archifaux, regarde le taux de marge des entreprises en france et tu comprendras! Il est passé de 32,4% en 1998 à 30,7% en 2007!! Moins d'argent va au capital! D'ailleurs les chiffres du pouvoir d'achat le confirment, il n'a fait que progresser depuis 10 ans!
Quant à "la manipulation de la mondialisation pour notamment mieux exploiter la délocalisation" tu fais d'exceptions une règle générale, les délocalisations ne sont responsables que d'une infime partie du chômage (de memoire je crois que le rapport Arthuis en 2000 sur les delocalisations faisait état de 3% de la destruction totale d'emplois entre 1995 et 2000).
5. "les monstrueux revenus des criminels entrepreneurs" la je ne sais quoi te dire, je pensais que ce genre de vision du mechant patron n'existait plus en France. Mettre tous les patrons, petits et grands toutes industries confondues, dans le meme sac pour les traiter de criminels c'est odieux.
Je suis d'accord sur le fait que aux etats-unis les classes moyennes ont vecu a credit car leurs revenus n'ont pas augmenté, elles ont donc compensé la non-augmentation de leur pouvoir d'achat par le recours au crédit. C'est parce que la politique menée par Bush etait mauvaise tres mauvaise et qu'elle favorisait les plus riches au détriment des plus pauvres.
6. "la principale variable d'ajustement est le salarié" et bien je suis dans la VRAIE vie (pour reprendre votre allusion) et je vous dit que cela n'est plus vrai. Premierement aujourd'hui ce sont les services qui sont omniprésents dans l'economie et les service, par definition, sont des emplois humains. Et meme dans l'industrie, ce n'est plus le salaire qui fait la différence de cout, ce sont les depense de RetD, la pub, le transport etc etc etc les produits ont changé ils sont plus complexes, ce sont moins de produits matiere mais plus des produits sociaux pour lesquelles il faut créer une image. Donc le cout representé par le travail humain est minime et il ne constitue donc pas une variable d'ajustement pertinente.
Quand tu parles de "chacals" ca me fait bien marrer, seulement marrer.
7. Tu as l'air de bien connaitre Madoff, c'est un ami a toi? Parce que tu as l'air tellement sur de toi... Madoff est un connard c'est clair, et les autorités de régulation ont completement failli, mais de la a en faire une generalité, ca ne tient pas!
Tu souhaites l'explosion de l'economie? Waow! Sache que l'économie en soit ne peut jamais exploser car nous sommes trop nombreux sur terre pour ne pas interagir économiquement et retourner isolés dans nos coins. Tant pis pour toi...
Par contre je t'invite à être moins hargneux, plus objetctif et moins injurieux envers certains acteurs économique parce que ca dessert complétement ton message qui est deja bien trop archaique pour être pris au sérieux.
Ecrit par : pete | vendredi, 19 décembre 2008
L'argumentaire en défense du libéralisme est intéressant en soi - ne fût-ce qu'à cause de la nécessité ressentie de le formuler, ce qui montre bien que le système a besoin d'avocats ! - mais il me semble partiel: en effet il met de côté quelques questions "gênantes".
Tu affirmes qu'au contraire du communisme, le libéralisme présente les mérites du réalisme, car il serait adapté aux désirs humains et plus largement peut-être à la condition humaine (que je me garderai bien de définir...). C'est alors une bien triste condition: car en réalité l'ultra-libéralisme, qui en est qu'on le veuille ou non un avatar, repose sur l'exploitation de ce qu'il y a de pire en l'homme, "pire" qu'on nous a présenté naguère comme une série de vertus: rapacité (greed...), opportunisme, réactivité, et par-dessus tout: prise de risques inconsidérée. Le constat est néanmoins assez juste: le libéralisme, en effet, est parfaitement adapté aux pires prédateurs humains. De même qu'à ceux qui sont dépourvus de dignité: car monsieur Madoff n'a pas jugé bon d'adopter pour lui-même le parti qu'avaient suivi les banquiers de 29 et plus récemment un ou deux chefs d'entreprise. A savoir le suicide, manifestation ultime après tout de la responsabilité individuelle !
De fait, la comparaison avec la dérive du communisme est tout à fait pertinente. Dans un cas comme dans l'autre, une idéologie dominante. Dans un cas comme dans l'autre, une dérive extrémiste de cette idéologie. Dans un cas comme dans l'autre, la confiscation de l'édifice intellectuel dans son ensemble par les "ultras" et l'excommunication des "tièdes". Du coup l'allégorie de la voiture trouve sa justification, à ceci près qu'on peut rétrospectivement l'affecter au comunisme: il était une fois un véhicule appelé communisme dans lequel on a introduit la mauvaise essence qu'était le stalinisme... Très sincèrement, je ne vois guère la différence - en termes de psychologie collective, s'entend.
En outre et pour revenir encore sur un sujet déjà abordé, je pense aussi que c'est le salarié la variable d'ajustement. C'est patent dans des secteurs comme le bâtiment, fraîchement soumis à une politique de "flux tendus" où il convient de ne pas constituer de stocks - erreurs qu'ont commises les espagnols, j'en conviens, en construisant de quoi loger 1,3 fois (!) leur population nationale (il faudra d'ailleurs qu'on m'explique la rationnalité économique de cette dérive-ci). Sachant que les constructions de l'année "n+1" sont financées par des emprunts contractés l'année "n" plus que sur les revenus des ventes imobilières, dès que le rbinet du crédit se tarit ou que les ventes baissent, les promoteurs doivent cesserde payer les sous-traitants, ce qui veut dire en bons français: virer.
mais bon. dans l'ensemble la conversation est passionnante: la crise a au moins le mérite de nous faire réfléchir. Par contraste, les périodes de prospérité sont peu propices aux manifestations d'intelligence collective. hélas ! On vient justement de s'en rendre compte...
Par ailleurs et enfin, dans les comentaires, je suis par contre tout à fait d'accord avec un bout de phrase du dernier message:
"nous sommes trop nombreux sur terre..."
certes ! Et ça non plus, ce n'est pas sans conséquences sur l'économie.
Ecrit par : berel | mardi, 06 janvier 2009
Le libéralisme tel que vous le voyez pousserait donc l'homme à utiliser ce qu'il y a de pire en lui en le rendant rapace et égoiste. Toute la question est de savoir si l'homme est fondamentalement bon, mauvais ou l'alternance des deux.
Si on le pense bon par nature alors il faut le laisser agir librement selon les principes de l'ultralibéralisme.
Si on pense qu'il est fondamentalement mauvais alors il faut économiquement le controler le plus possible et donc substituer à sa "mauvaise" initiative celle de l'état qui se chargera donc de reguler l'économie en la planifiant et en la controlant totalement par le collectivisme.
Si on pense, et tel est mon cas, que l'homme peut être à la fois bon et mauvais, le libéralisme offre une solution efficace: donner un espace de liberté régulé qui a l'avantage de tirer profit, au nom du collectif, des vertus mais aussi des vices de l'homme car comme le disait Smith « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ».
Le libéralisme marche par l'égoisme car des milliers d'égoismes combinés améliore durablement le bien-être commun tout en garantissant la liberté. C'est tout l'avantage du libéralisme. L'homme, être de désir ni bon ni mauvais, ne peut vivre durablement en communauté et en améliorant son bien être sans le libéralisme. C'est ce que l'Histoire nous a montré.
Voilà pourquoi votre comparaison de la voiture entre le libéralisme et le communisme ne tient pas la route. La voiture communiste a un défaut de fabrication: quel que soit l'essence qu'on met dedans la voiture s'arrêtera inévitablement quelques kilometres plus loin. Que l'essence soit léniniste, stalinisme, ou maoiste, la voiture ira à la casse et l'Histoire nous l'a montré. Tout simplement parce que le communisme n'est pas durablement compatible avec l'homme, il veut le changer sans pouvoir le faire et fini par s'écrouler sur lui-même a force de vouloir forcer la réalité.
Ecrit par : pete | mardi, 06 janvier 2009
C'est un débat passionnant, que celui qui consiste à essayer de déterminer quel "système" - c'est en soi d'ailleurs une dérive déjà dangereuse que de raisonner en ces termes ! serait le plus adapté à l'homme compte tenu de la nature de celui-ci... Pourquoi ne pas y consacrer un billet spécifique ?
Les termes du débat sont à géométrie variable. Je me souviens que dans son introduction à la politique, Maurice Duverger affirmait que la gauche ne pouvait se fonder que sur des présupposés "optimistes" (bonté fondamentale et perfectibilité de l'homme...), et la droite sur des postulats qu'il disait pessimistes, et que j'admet etre plutôt "réalistes" (égoïsme).
Si, comme le disait Smith, il n'avait fallu compter que sur l'égoïsme pour bâtir le système libéral mondialisé, celui-ci serait sans doute moins âpre et moins impioyable qu'il ne l'est actuellement. Le problème, c'est que cet égoïsme vertueux a lui-même subi une dérive, une extrapolation de son essence, vers la manifestation de défauts autrement plus graves: jusqu'à la dissolution de la rationalité des marchés, dénoncée (un comble) par Greenspan. Comme toute dynamique humaine, cet égoïsme-là mérite des garde-fous, car il peut se transformer non pas en dynamique vertueuse, mais en folie collective. Vrai ou faux ? Est-ce toujours "l'avantage du libéralisme" ?
Il ya donc un équilibre à trouver car comme vous le dites - et vous avez raison, évidemment - l'homme est à la fois bon et mauvais. C'est toute la difficulté: le libéralisme est à l'évidence adapté à Madoff, mais l'est-il également à Mère Theresa ? Et à tous ceux qui, à leur façon, se situent entre ces deux pôles ?
C'est pourquoi l'adoption du libéralisme mondialisé par principe ne me semble pas constituer le point d'équilibre par défaut: ce n'est pas un équilibre, mais l'engagement intégral du monde dans un dispositif unique, donc d'emblée une situation de déséquilibre. Il faut du libéralisme là où il est naturel qu'il se manifeste, et du contrôle étatique ou inter-étatique - fût-ce par la planification, osons le gros mot ! - là où c'est nécessaire. Par exemple: pour assurer l'eploitation durable des richesses naturelles (pêche...), ce que l'ultra-libéralisme s'est révélé incapable d'assurer. C'est un exemple parmi d'autres: je raisonne en termes de secteurs ou de domaines, non en termes de garde-fous.
Je le maintiens plus fondamentalement: vous dites que le communisme ne pouvait qu'échouer parce qu'il n'était "pas duralement compatible avec l'homme". las, c'est aussi le cas du libéralisme, ou DU MOINS: de l'ulra-libéralisme.
Ecrit par : berel | mercredi, 07 janvier 2009
Pete, c'est vraiment intéressant ce que tu as écrit. Je t'indique un article que j'ai déjà indiqué sur le blog des jeunes sarkozystes sur la crise et que tu auras peut-être lu mais il est vraiment bien je te le conseille :
http://respublicanova.fr/spip.php?article468
Ecrit par : Jb | jeudi, 08 janvier 2009
Je rejoins A. Benarous pour signaler qu'un motif de la crise financière actuelle est à rechercher aussi dans le niveau exceptionnellement bas des taux d'intérêt, fruit d'une politique qu'on peut (malheureusement ?) qualifier de libérale de la part d'Alan Greenspan : dans son Mea Culpa, il a lui même avoué qu'il avait maintenu les taux systématiquement aussi bas que possible pour laisser le marché s'autoréguler, et s'était en l'occurence trompé.
Un passage par ailleurs m'a quelque peu fait tiquer :
La régulation est donc plus qu’inhérente au libéralisme, elle en est une condition sine qua non et même les services publics ne lui sont pas incompatibles : « la préservation de la concurrence n’est pas davantage incompatible avec un vaste système de services sociaux ».
A vrai dire, dans un contexte d'ouverture et de concurrence internationale face à des partenaires pratiquant des taux de prélèvement fort différents (et des systèmes de services sociaux justement plus ou moins " vastes " ), il semble difficile de concilier systématiquement services publics et développement de la concurrence.
cordialement
S. Illiano
Ecrit par : Silliano | samedi, 17 janvier 2009
C'est plutôt rigolo de relire ces doctes commentaires avec quelques mois de recul.....Le libéralisme n'est pas la liberté, mais peut être êtes vous encore un peu jeunes pour le comprendre ...
Passons à la question du jour : qui va payer la dette ?
Réponse : personne parce que nous allons bientôt assister au retour de l'inflation. Bonne chance aux souscripteurs du Grand Emprunt Sarkozy !
A surveiller dans les prochains mois, le système monétaire international qui sera le prochain maillon de la chaine à craquer....
Je peux me tromper, mais j'en doute !
Ecrit par : D@rk Ozzy | mardi, 29 septembre 2009
- Il y a une différence entre le Communisme et le Libéralisme :
le premier a été trahi par les circonstances (et la vingtaine de pays dont la France avec Weigand et un aide de camp qui s'appelait de Gaulle...) qui l'ont saigné à mort durant toute la guerre civile et blanche ont une grande part de responsabilité ! La Révolution française aurait pu s'arrêter à Valmy, notamment) tandis que le Libéralisme a justement fait ce qu'il prône dans son idéologie.
- Les Subprimes ne constituent que la goutte d'eau qui a conduit à l'implosion de la dictature financière et spéculative. Ç'aurait très bien pu être un autre produit dérivé ("à destruction massive". Bennet).
- Parler de Clinton, de Freddie, de l'interventionnisme de l'État et autres excuses est malhônnete :
C'est pour empêcher des révoltes que les élus et les gouvernements -relais et exécutants des lobbies financiers, économiques et industriels- demandent, parfois, un minimum de coups de pouce pour les plus défavorisés, les exploités.
Le libéralisme (qui est toujours celui de l'autre) réel, par sa définition même, ne fait que renforcer les cartels et les monopoles, la concentration des entreprises, l'élimination des plus honnêtes et des moins exploiteurs qui ne peuvent lutter alors.
Depuis pas mal de temps maintenant, on entend les partisans du libéralisme justifier les licenciements, les délocalisations, les primes et les salaires criminels des dirigeants par la concurrence internationale ! Comme s'ils n'avaient pas prôné justement la pensée unique, la compétition internationale, l'ouverture totale du marché, la concurrence sauvage, non loyale, sur le dos des salariés !!!
Comme si ce n'était pas ce qu'ils avaient justement cherché à atteindre depuis très longtemps !
Ecrit par : R.L. | mercredi, 30 septembre 2009
Ecrire un commentaire