vendredi, 14 novembre 2008

Comment Marx et Sartre hantent le PS

343923_Francois-Hollande-et-Bertrand-Delanoe-votent-en-faveur-d-une-nouvelle-declaration-de-principes-lors-de-la-convention-nationale-du-Parti-socialiste.jpgPourquoi diable le PS ne ressemble-t-il a aucun de ses confrères européens ? En Allemagne, le SPD abandonnait en 1959, à Bad Godesberg, toute référence au marxisme et annonçait vouloir dorénavant travailler à développer la « libre concurrence et libre initiative de l'entrepreneur ». En Angleterre, le Labour supprimait symboliquement, en 1994, la Clause IV qui prévoyait la « socialisation des moyens de production ». Au cours de son histoire, le PS a lui aussi souvent revu sa pierre angulaire idéologique qu’est la déclaration de principe. En 1905, il appelait à la nationalisation des moyens de production et au renversement de la bourgeoisie. En 1946, il se définissait comme « un parti essentiellement révolutionnaire » visant à abolir les classes sociales. En 1969, il remplaçait l’expression « lutte des classes » par « l’émancipation des travailleurs » ajoutant que la « véritable démocratie » ne pouvait exister dans le capitalisme. En 1990, il voulait encore mettre « les réformes au service des aspirations révolutionnaires ». La nouvelle déclaration de principes adoptée en juin 2008 supprime enfin les mots « lutte des classes » et « révolution » et le présente comme un parti « réformateur », « européen », « ancré dans le monde du travail » déterminé à servir « l’intérêt général du peuple français ». Pendant trop longtemps les socialistes ont voulu la fin de l’entrepreneur capitaliste et condamné moralement le profit individuel avant de finalement comprendre qu’il fallait produire les richesses avant de les distribuer et que seule l’initiative économique privée permettait d’y parvenir.

 

Leur nouvelle déclaration de principe opte clairement pour l’économie de marché, mais comment avoir pris un tel retard pour se débarrasser définitivement de ces formulations marxistes révélatrices d’une idéologie poussiéreuse du parti ? Le PS est pourtant conscient des problématiques économiques et sociales modernes puisque depuis la fin de la deuxième guerre mondiale il a été pendant 21 ans aux affaires publiques alors que le Labour l’a été pendant 28 ans et le SPD 20 ans. Ces derniers sont résolument modernes et ne portent plus aucune trace de marxisme dans leurs textes, idées et pratiques. Alors que le SPD a fait passer - avec la droite - l’âge de départ légal à la retraite à 67 ans, le PS s’insurgeait du passage à 40 ans de la durée de cotisation en France. Alors que le socialiste Gordon Brown proposait un plan intelligent et réaliste de sauvetage des banques qui a été repris par tous les européens, le PS s’abstenait lâchement de voter pour ou contre sa copie version française.

 

Le concept d’interventionnisme libéral de Tony Blair ou celui du libéralisme social de Gerhard Schröder et des pays nordiques témoignent de l’ancrage dans la modernité des autres partis socialistes sans avoir renié leurs convictions historiques. En France, le PS a encore beaucoup de mal avec le libéralisme et quand Bertrand Delanoë se déclare « socialiste et libéral » il est la risée de ses camarades, dans un parti où son premier secrétaire « n’aime pas les riches » ça passe forcément mal. Son programme pour les présidentielles, flou et incohérent pour ne froisser personne au sein du parti, reflétait bien cette incapacité de produire du moderne. L’éditorial de Laurent Joffrin au lendemain du deuxième tour était d’ailleurs lucide sur les raisons de la défaite : « insensibilité aux enjeux nouveaux dans une France transformée par sa propre crise et par la mondialisation, négligence à l'égard du centre, absence de réflexion sur les nouvelles politiques sociales et économiques nécessaires en ce début de siècle, ouverture insuffisante aux innovations de l'altermondialisme dont il fallait prendre le meilleur, suicide par éclatement de la gauche radicale ».

 

sartre_beauvoir.jpgLa raison de ce retard idéologique et de ce malaise politique du PS s’explique par le fait qu’il est en réalité idéologiquement assez prisonnier de l’extrême gauche et la réceptivité de son discours auprès des français. En Allemagne, l’expérience du compatriote devenu subitement un voisin communiste a permis d’éradiquer durablement la tentation marxiste. En France certains intellectuels prestigieux et très écoutés se sont mis à louer inlassablement la doctrine marxiste qui les séduisait tant. Ainsi, à son retour d’un voyage en URSS, Jean-Paul Sartre écrit en 1954 dans Libération : « La liberté de critique est totale en URSS et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle ». Simone de Beauvoir déclare en 1963 : « Les camps soviétiques, c’était vraiment des centres de rééducation, une exploitation modérée, un régime libéral, des théâtres, des bibliothèques, des causeries, des relations familières, presque amicales, entre les responsables et les détenus ». Portés par leur prestige, ils ont fini par être durablement cru par beaucoup de français qui ont malheureusement préféré avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Raymond Aron, c’est connu. Comme l’a si bien dit Albert Camus, « Tout idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi ».

 

Bercée par les discours moralisateurs d’une grande partie de ses intellectuels, la France est facilement tombé dans un anti-américanisme basique facilité par la jalousie qu’elle vouait à l’Amérique de prendre la place de nouvelle puissance mondiale. Le libéralisme, que l’Amérique prônait haut et fort, a forcément fait l’objet d’une réticence grandissante auprès de l’opinion française, même si ses dirigeants n’ont cessé de le pratiquer plus par obligation que par conviction. Quand l’URSS et les mensonges se sont écroulés, l’anti-américanisme s’était trop enraciné pour disparaître, ce qui a fait dire à l’historien Michel Winock qu’il est aujourd’hui « ce qui reste du communisme quand il n’y a plus rien ». Avec lui, la défiance envers le libéralisme s’est perpétuée dans l’opinion. Depuis, ce fameux esprit révolutionnaire français - capable de produire des progrès formidables mais également très têtu pour accepter la nouveauté - ne veut pas entendre parler de libéralisme : trop américain, trop inhumain, pas assez de gauche. Sa mauvaise réputation a longtemps complexé la droite française et a surtout évité à la gauche un renouvellement idéologique, contrairement aux autres partis socialistes européens. Depuis, c’est paradoxalement en France - connue à l’étranger pour son interventionnisme colbertiste - que la peur et la critique du libéralisme est la plus forte. Pourtant, le libéralisme tel que pratiqué par la droite française n’a strictement rien à voir avec celui des conservateurs américains et la réaction du sénateur républicain Jim Bunning est révélatrice quand, au lendemain de la nationalisation de Freddie Mac et Fannie Mae, il a déclaré avoir obama.jpgeut l’impression de s’être « réveillé en France ». Le clivage politique français est bel et bien globalement à gauche, les récentes discussions interminables sur l’appartenance politique française de Barack Obama le montrent bien.

 

Le PS, parti de gauche dans un contexte politique orienté à gauche, a longtemps - et le fait parfois encore aujourd’hui - coquiné avec les idées de l’extrême gauche, séduit par l’écho qu’elles trouvaient au sein de la société française. Quand, grâce aux mentalités héritées du passé, les thèmes chers à l’extrême gauche sont relativement populaires et l’anti-américanisme unanime, la tentation est forte de suivre l’humeur de la société. Et le PS a souvent cédé face à cette tentation en s’appuyant sur des alliances avec des partis d’extrême gauche pour gouverner : ce fut le cas de 1981 à 1984 avant d’être rattrapé par la réalité économique, et de nouveau en 1997 avec la gauche plurielle de Lionel Jospin. Pourtant, lorsqu’il est au pouvoir, le PS se conforme sans broncher à l’économie de marché et va même jusqu’à défendre le libéralisme comme en 1986 avec l’Acte Unique Européen. Mais lorsqu’il se retrouve dans l’opposition et surtout en période électorale, il ne peut s’empêcher de reprendre un discours archaïque. Voilà pourquoi, lors du dernier conseil national de l’UMP, Tony Blair à déclaré sans polémique : « Aux États-Unis je serais démocrate, au Royaume-Uni je suis travailliste, en France je serais.... probablement au gouvernement ».

 

Refondation. C’est le mot à la mode au PS depuis maintenant un an et demi. Sa nouvelle déclaration de principe va dans le bon sens, mais désormais il faut qu’il se débarrasse à la fois des chimères d’extrême gauche qui lui ont trop longtemps collé à la peau et de ceux qui le ramènent toujours plus à gauche. Le départ volontaire de Jean-Luc Mélenchon est à ce titre réjouissant et prometteur. Alors que l’élection d’Obama et la crise financière vont forcément changer la perceptionimages.jpg française de l’Amérique et du libéralisme, le temps est venu pour le PS de se conformer à la réalité et d’adapter enfin son discours à la modernité, c’est-à-dire oublier le marxisme. Car même si les nationalisations sont à la mode, les théories marxistes ne sont pas réhabilités pour autant : les nationalisations sont provisoires alors que Karl Marx les veut infinies dans l’espace et dans le temps, et cette crise n’est pas celle du capitalisme ou du libéralisme elle est uniquement celle de l’ultralibéralisme appliqué au domaine de la finance. Rien d’autre.

 

MSB

Commentaires

Cet article résume bien le malaise profond de la gauche française, qui n'a pas de vision et pas de leader : pour un grand parti ça fait beaucoup. Comme l'a dit je ne sais plus qui, Ségolène a entre ses mains l'avenir du socialisme français : je trouve ça assez vrai. Socialisme, rien que le mot fait démodé. Et l'engluement du PS me fait penser qu'il n'est pas exclu que 2012 soit un 2002 bis, avec Bayrou (ou Besancenot ?) dans le rôle possible de l'invité surprise au second tour.

Ecrit par : Hadrien | samedi, 15 novembre 2008

C'est marrant de lire toutes ces personnes qui écrivent et écrivent toujours, citent des références et des noms sans jamais saisir.. le petit détail interessant ...

C'est dommage, là c'est comme vouloir résoudre un système de n équation à n+1 inconnue .


Aussi depuis Sarko , on voit que la tactique a définitivement évoluée vers l'option libérale.

Mais toujours dans le même sens ...

Ecrit par : golopy | samedi, 15 novembre 2008

C'est amusant, votre petit article m'a fait penser à une phrase de Warren Buffet "la guerre des classes existe, et la mienne est en train de la gagner".

Ecrit par : Beurk | samedi, 15 novembre 2008

@Beurk

C'est pas vraiment une guerre de classe , c'est plutôt une domination de caste

Ecrit par : golopy | dimanche, 16 novembre 2008

Je voudrais tout d'abord m'excuser auprès des lecteurs si mon commentaire leur semble banal en comparaison avec les envolées lyriques des commentaires précédents.

Que Beurk (quel pseudonyme sagement choisi...) m'explique pourquoi il trouve opportun de parler de lutte de classe en réponse à l'article au dessus.

Est-ce-que ce le bien-nommé Beurk se rend compte, que par le seul fait de faire référence à la lutte des classes, il corrobore idéalement la thèse de l'article.

Quand au commentaire de Gollopy, il doit s'adresser à des happy few car j'ai le plus grand mal à le comprendre...


Car le diagnostic de MS me semble globalement correct. Oui le PS ne cherche plus l'électorat de sa politique mais théorise la politique de son électorat.

Oui le PS s'est décrédibilisé depuis quelques mois en refusant de voter des lois qui font consensus partout ailleurs. Pas par idéologie mais parce que la préparation de ses congrès lui prend tout son énergie

Oui le PS a perdu de vue que son slogan est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel et pas l'inverse.

Mais M.B., je te reproche de mêler des critiques spécifiques au PS (absence de refonte idéologique) avec des critiques de clientélisme qui sont imputables à tous les partis politiques.

Quand tu dénonce les accointances avec l'extrême gauche, je pense que tu te trompes de sujet pour deux raisons: la première c'est qu'il s'agit d'une simple tactique politique tout comme la droite de NS a muscler son discours à l'approche de l'élection de 2007, la deuxième est que la gauche est un parti réellement performant et efficient au pouvoir (cf réussite économique 1997-2000). Peut-être d’ailleurs que la meilleur moyen de reformer le PS c'est de le porter au pouvoir après tout...

Ce diagnostic est bien trouvé mais tu conviendras avec moi que ce n’est pas montré beaucoup de courage que de s’attaquer au PS en ces temps de crise. Je t’invite donc mon très cher MS à réaliser une critique similaire (autant que possible) des lacunes idéologiques de l’UMP (gaullisme fatigué, dérapage fréquent, prédominance du concept de sécurité sur celui de liberté parfois…etc…)

Cordialement,

A.B.

http://abenarous.wordpress.com/

Ecrit par : A.B. | mardi, 18 novembre 2008

@ A.B

Il est vrai que tous les partis pratiquent le clientelisme et cela a tendance à être encore plus vrai aux approches des éléctions, c'est d'ailleurs ce que de Gaulle reprochait au "régime des partis".

Mais quand tu parles de la droite qui a "musclé son discours" pendant la présidentielle, à part sur l'immigration je ne vois pas trop ce qui était plus musclé que auparavant au niveau idéologique. Et même sur l'immigration je t'invite a revoir le debat sego sarko pour te rendre compte que sego proposait en fait la même chose que ce que le gouvernement fait aujourd'hui.

Certes on ne tire pas sur une ambulance, mais je pense qu'il est important de souligner les causes profondes de la déchéance du PS et quel meilleur moment pour le faire que aujourd'hui.

Quand tu dis que finalement le meilleur moyen de reformer le PS c'est de le mettre au pouvoir je ne suis pas d'accord. Comme le dit l'article, le PS n'a pas été moins au pouvoir que les autres partis socialistes européens et pourtant il en est encore là. Je pense sincerement que les medias et les militants n'ont pas joué leur rôle de critique et d'alerte, préférant ne pas tirer la sonnette d'alarme de peur d'être taxé d'aversaire. Mais a force d'éviter la critique on frole le pire aujourd'hui car ce qui se passe au PS en ce moment est la resurgence de problèmes accumulés depuis des années qui n'ont jamais été traités.

Quant à la periode de croissance 97-2000 je ne suis pas si sur que le PS en soit l'unique responsable avec sa politique, il ne faut pas oublier que c'était la periode qui a précédé la bulle internet et son eclatement en 2001. Ce fut une periode faste pour le monde et la France en a aussi profité...

Quant à la soit-disant fatigue de l'UMP je te trouve bien sévère. A coté du PS, l'UMP fait état d'une jeunesse energique digne de l'adolescence! tant du point de vue de l'action que de la reflexion que le parti a mené depuis 2006 pendant que le PS faisait...rien. C'est un peu l'histoire du lièvre et de la tortue finalement!

Ecrit par : pete | mardi, 18 novembre 2008

bien d'accord avec cette article.
Les socialistes ne sont que des petites salopes marxistes et trop laxistes qui ont enfoncé notre pays dans la décadence, qui ont laissé les violeurs circuler librement dans la rue, et justifier le comportement des jeunes loubards des banlieues.
Heureusement, l'ump est au pouvoir. La France va pouvoir retrouver de sa grandeur, ne plus laisser ces étrangers ternirent son image et voler les emplois de nos enfants, ne plus laisser ces faineants de fonctionnaires saloper le travail de nos chefs d'entreprise.
Notre président fait un travail formidable et j'en suis pleinement satisfait. Tant mieux si ces gauchistes de merde n'ont aucune chance de venir saper ces formidables réalisations.
merci encore pour votre article monsieur

Ecrit par : pat | jeudi, 20 novembre 2008

@pat

c'est marran kom tu tenerv pat, paradoxalement l'exageration de tes propos et la caricature que tu fais de l'ump (moi nan plu jsui pas daccor avec tou ce kils font) donne un peu raison à l'article...

Ecrit par : trouduc | jeudi, 20 novembre 2008

Je ne résiste pas au plaisir d'y aller aussi de mon couplet sur ces feignasses gauchistes. Vive Sarkozy, vive l'entrepreneur, vive les valeurs de la droite, le travail, le sang, le refus de l'immigration, la France éternelle, et surtout, en ces temps troublés, vive Israël !

A plus mes amis !

B.

Ecrit par : B. | jeudi, 08 janvier 2009

le refus de l'immigration n'est pas une valeur de droite mais d'extreme droite (immigration zero de lepen), ce que fait la droite actuelle c'est de maitriser l'immigration, pas de la refuser.

Le sang et la France eternelle? faut m'expliquer!

Quant à Israel...no comment! vu la situation actuelle il faut bien se garder d'en faire l'apologie! si vive israel veut dire
à mort les palestiniens alors non.

Ecrit par : JOEY | jeudi, 08 janvier 2009

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