mercredi, 10 septembre 2008
Le salaire du patron
Le salaire des (grands) patrons fait toujours couler beaucoup d’encre et de salive. Il y en a beaucoup qui méritent ce qu’il touchent, mais il y en a - peu - qui partent avec des comptes personnels remplis malgré des bilans catastrophiques. C’est pourtant cette minorité qui pose problème, et - à force d’acharnement médiatique sur ces cas extrêmes - on a réussi à faire croire que les grands patrons sont tous des voleurs. Cela n’a fait que noircir l’image déjà bien entamée du capitalisme et des grands groupes dans un pays qui voue une méfiance extraordinaire envers tout ce qui est riche. Au début du 20ème siècle, le banquier JP Morgan écrivait que le salaire d’un
patron ne devait pas être supérieur à 20 fois celui de ses salariés. Question de morale. Aujourd’hui certains patrons gagnent en un mois ce que certains de leurs salariés gagnent en une vie. Cette différence, quoique rare, est suffisamment grande pour créer de fortes tensions sociales et détruire le reste de réputation dont dispose le capitalisme. En 2003, la rémunération moyenne totale des PDG du CAC 40 représentait un montant égal à 400 fois le SMIC français.
Les Pays-Bas s’apprêtent à faire une innovation majeure dans ce domaine : ils sont le premier pays à faire passer une loi limitant les salaires des patrons. Le Parlement doit l’approuver et l’idée fait tellement l’unanimité que le seul enjeu du scrutin est de savoir si il y aura ou non des fous qui vont voter contre. Le texte, qui devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2009, prévoit le déclenchement d’un prélèvement fiscal dès le dépassement d’un certain seuil de primes pour un PDG ou un directeur de société. Ainsi, si un salaire annuel d'au moins 500 000 euros touche des primes, alors elles subiront un impôt de 30%. Afin d’éviter une pratique malheureusement courante qui consiste à augmenter le salaire du dirigeant quelques mois avant son départ pour qu’il touche une plus grosse retraite, une sanction financière suffisamment dissuasive s'appliquera. Est egalement prévu le gel de la détention d'action, lorsque ont lieu des négociations de rachat de l'entreprise, pour éviter de jouer les cours à la hausse sur des rumeurs divulguées par des insiders.
La théorie de l'agence justifie une rémunération élevée du dirigeant pour réduire au maximum le risque de défaillance de ce dernier. Pourtant les études montrent qu'il n'y a pas vraiment de correlation positive entre le salaire du dirigeant et la performance de l'entreprise. L’intervention de l’Etat est justifiée puisque les montants sont de plus en plus élevés et éloignés de l'idéal méritocratique. Il est réjouissant de voir qu’un pays a enfin eu le courage d’enfoncer cette porte trop souvent évitée. De même qu’il fixe un salaire minimum, l’Etat devrait, non pas fixer un salaire maximal – il serait automatiquement ou injuste ou inefficace -, mais décourager fiscalement des revenus mirobolants par le déclenchement d’un impôt progressif. Tout est question de mesure et il reste à trouver un seuil à la fois suffisamment bas pour éviter les abus et assez élevé pour ne pas brider le mérite. Il ne faut pas oublier que les patrons portent une lourde responsabilité et subissent des horaires qui ne sont pas encadrés par la loi. Fixer un seuil de déclenchement et appliquer un taux d’imposition progressif sur les primes est un bon début, mais on pourrait aller plus loin : l’appliquer aussi, selon le même principe mais plus souplement car il y a déjà l'impôt sur le revenu, sur les salaires et les primes de départ.
Il s'agit d'une sorte d'impôt correcteur à déclencher et qui fera figure de double imposition: impot sur le revenu et ce nouvel impot prélevé à la source. Ou le salaire restera en dessous du seuil par effet de disuasion ou il le depassera et l'Etat y gagnera. Cela ne découragera pas les managers de venir travailler chez nous car il y en a assez pour accepter des salaires qui demeureront assez élevé même si davantage imposables. Ce texte est un petite révolution, une réconciliation sociale, un ajustement économique juste et équilibré. C’est une décision politique facilement réalisable, populaire, juste et qui rapporte de l’argent. Reste à le réaliser en France, tout en respectant le principe encore plus juste du bouclier fiscal qui veut que personne ne paye plus de 50% des ses revenus en impôts. C'est la moindre des choses de travailler plus pour soi que pour l'Etat.
MSB
21:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrons, capitalisme, justice, jp morgan, salaires, bouclier fiscal, impots


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