mardi, 03 juin 2008

La vérité sur les émeutes de la faim

 

Mauvaises récoltes, biocarburants, spéculation, explosion démographique. On a tout entendu sur la hausse du prix des produits alimentaires de base comme le blé, les céréales et le riz. Le sujet est suffisamment grave - Dominique Strauss-Kahn a prévenu que « des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim » - pour ne pas céder à la caricature et à la simplicité des arguments intuitifs mais faux. Si le prix de ces trois aliments basiques de l’alimentation à fortement augmenté depuis un an c’est tout d’abord parce que leur demande explose alors que l’offre ne suit pas. La spéculation joue certes son rôle, mais elle n’est qu’un effet minimal plutôt qu’une cause, agissant sur un marché 1580050748.jpgdéjà soumis à de fortes tensions. Si la demande explose, ce n’est pas non plus à mettre sur le dos des biocarburants comme tant d’experts s’amusent à le répéter à longueur de journée. Certes il est scandaleux qu’au nom d’une course à l’écologie on oublie les priorités qui sont de nourrir la planète avant d’essayer de la sauver, mais on estime que les biocarburants sont seulement responsables de 10 à 20% de la hausse totale du prix des céréales. Pas de quoi en faire le suspect numéro un du bond des prix.

D'où vient alors cette hausse de demande qui fait tant monter les prix ? La cause réelle est à rechercher dans les pays en voie de développement et/ou les nouveaux pays industrialisés (NPI). Les populations de ces pays - tels la Chine, l’Inde, le Vietnam et de nombreux pays africains - sont doucement mais sûrement en train de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Cela se traduit par un pouvoir d’achat qui s’élève progressivement et qui fait changer la physionomie du premier poste budgétaire des foyer pauvres qu'est l’alimentation. Prenons l’exemple de la Chine, l’émergence d’une classe moyenne qui est estimée aujourd’hui à deux fois la population de la France  provoque un chamboulement de consommation alimentaire. Alors qu’en moyenne un Chinois consommait 131 kg de blé par an en 1990, il n’en consomme plus que 76 kg par an en 2006. Cela devrait avoir pour effet de réduire la pression sur la demande et sur les prix puisque les quantités consommées se réduisent. Que neni ! En fait si le Chinois moyen consomme aujourd’hui moins de blé ce n'est pas parce qu'il mange moins, c’est parce qu’il mange autrement, ce qu'il ne consomme plus en blé il le compense par d'autres aliments . Ainsi, il a, sur la même période, multiplié par trois sa consommation de poulet et par quatre sa consommation de lait.

Et c'est là que tout le problème s’explique : l’élevage est très consommateur de ces produits que sont le riz, le blé et les céréales. On estime par exemple que pour fabriquer un kilo de viande, il faut 8 kilos de blé et cela est tout aussi valable pour le lait. En mangeant plus de viande le chinois consomme donc indirectement huit fois plus de blé qu'auparavant. La boucle est donc bouclée : dans un état de pauvreté, blé, céréales et riz sont les trois composants principaux des repas, en sortant de la pauvreté la consommation de ces aliments de base est directement réduite avec la hausse du pouvoir d’achat qui rend d’autres aliments plus nutritifs abordables. Cependant, et là est toute la réponse, en consommant plus de viande et de produits laitiers, la consommation des trois aliments de base est indirectement bien plus élevée qu’auparavant ! 

Un partie des populations des pays en voie de développement mange mieux et plus varié ce qui a pour effet indirect de consommer beaucoup plus de produits de base. Cela est valable pour beaucoup de pays similaires qui connaissent une très forte croissance, la richesse de ces populations augmentant, leurs habitudes alimentaires changent et se rapprochent des nôtres. En clair, les pays en voie de développement sont réellement en train de se développer et leur population mangent de plus en plus comme nous. Voilà la véritable cause de la hausse des produits alimentaires de base.

La question qui se pose désormais est celle de la hausse de la production pour suivre la demande et pour permettre à ceux qui sont encore dans la pauvreté de ne pas subir de plein fouet par les prix le développement d'une partie du monde. Comment dès lors faire face à de tels changements alimentaires dans le tiers monde ? Comment donner à ces pays les clés pour répondre eux-mêmes à801078864.2.jpg leurs nouveaux besoins alimentaires ? De telles questions mènent à un autre débat qu’il faudra commencer à aborder un jour ouvertement en oubliant les préjugés et les hantises imaginaires mais en prenant conscience que des milliers de vie peuvent être sauvées. Ce débat porte sur trois initiales: OGM.

MSB

Commentaires

OGM...
Je suis content de lire un article dans lequel les OGM sont cités comme une des solutions au problème de la faim dans le monde.
On a trop souvent entendu des menteurs parler de ces organismes génétiquement modifiés comme des armes de destruction massive. Il n'en est rien...
J'ai entendu récemment un homme à la radio disant que les OGM étaient terribles car le gène inséré dans la matière vivante (consommable) pourrait se transmettre à l'homme et engendrer des maladies encore inconnues... Quelle stupidité!!
Si les gènes de nos aliments étaient capable de se "greffer" dans notre génome cela ferait longtemps que nous aurions soit des cornes (bœuf), soit des plumes (poulet) ou encore des fruits à la place des cheveux.
Il faut arrêter de diaboliser les recherches sur les OGM et laisser faire les scientifiques... Dr Frankenstein n'est plus! Et croyez bien que les ingénieurs, chercheurs et autres docteurs savent ce qu'ils font... Bac +8/9... Cela aide à réfléchir.

J'en ai fini avec ce qui me semble être une bonne défense de mon futur métier, non pas dans la recherche mais dans l'alimentation et croyez bien que je suis conscient de la gravité de la situation et surtout, je dis bien surtout, de la santé de mes futurs enfants.
BB

Ecrit par : Brice | mercredi, 04 juin 2008

Le risque n'est pas de se voir pousser des cornes, mais des risques supposés d'ingestion et de toxicité. Faut-il aussi savoir que jusqu'à ce jour, aucun effet de ce type n'a été enregistré suite à la consommation des OGM (les Américains et Canadiens en consomment depuis un bon bout de temps) qui ont toujours le bénéfice du doute.
Il faut savoir aussi que l'enjeu n'est pas que d'ordre sanitaire, mais aussi économique et géopolitique (vis-à-vis des entreprises de biotech notamment).
Et comme tu dis M., il faudrait d'abord nourrir la planète avant de la protéger.

Ecrit par : Anass | mercredi, 04 juin 2008

Le gène par définition est une "substance" active, pour faire simple.
Mais pour qu'il soit actif, et donc nocif ou toxique, il faut qu'il parvienne à entrer dans les cellules et, a priori, dans dans le noyau, chose peu probable grâce au système immunitaire. Un gène consommé par la voie alimentaire et donc soumis aux phénomènes de digestion, très "destructeurs", ne pourra probablement pas infecter une cellule.
Si le gène en question peut être admis dans le génome, c'est par un phénomène de transfection, grâce à un vecteur reconnu comme du "SOI" pour l'individu.
"SOI"= pas de problème
"NON SOI"= étranger!!!
Dans le cas de transfert de gène végétal, on utilise Agrobacterium tumefaciens qui est un vecteur et qui permet d'introduire un gène "propre", non dégradé et répondant à encore beaucoup de critères importants.
Un OGM est donc, à mon avis, moins dangereux qu'un végétal mal lavé, traité aux insecticides et herbicides chimiques...

Ecrit par : Brice | mercredi, 04 juin 2008

Sources, Références...? Une vision de plus de la situation trop peu documentée à mon goût. L'augmentation des prix de ces matières premières est tres soudaine semble t'il, bien plus rapide que peut l'être l'evolution de l'alimentation d'une classe moyenne nouvelle. D'autant plus que le cas de la Chine est tres loin d'être significatif, le problème est ici planétaire. Ca me semble donc un peu léger pour expliquer cette hausse soudaine...Mais vous ne manquerez pas de m'eclairer je pense.
Martin

Ecrit par : Martin | dimanche, 15 juin 2008

En fait il n'y a pas vraiment de hausse soudaine lorsqu'on oberve les cours. La hausse est forte mais pas soudaine. Fondamentalement, ce qui explique la hausse c'est l'argument developpé dans l'article: la demande explose dans les pays en developpement.

Cela rend un marché déjà très tendu assez volatile et il suffit d'une recolte plus faible que d'habitude comme ce fut le cas en Inde pour que le tout prennent des tournures différentes.

Auparavant une muvaise recolte était compensée par le surplus d'offre qui stabilisait les prix. Aujourd'hui que l'offre/demande peine à se satisfaire entièrement cela fait monter les prix, notamment parce que sur le marché à terme on prévoit des pénuries futures.

Ecrit par : pete | dimanche, 15 juin 2008

Un article pertinent, qui a le mérite de chercher des causes OBJECTIVES.

Sur les OGM d'accord, il faut en finir avec la tendance à l'obscurantisme. Il ne s'agit de vouloir les OGM pour les OGM, mais dans certains pays (pas forcément dans le nôtre mais surtout dans les plus pauvres) il peuvent devenir une solution (certes partielle), une nécessité que nous, habitants des pays riches, ne pourrons avoir le luxe de nier. Ayons le courage de porter un autre discours sur les OGM qui tranche avec celui de ceux à qui on donne la parole dans les media. Ce qui n'interdit pas de demeurer vigilent.

Je note également que la production est insuffisante sur ce blog !

Ecrit par : Hadrien M. | vendredi, 20 juin 2008

Un rectificatif semble s'imposer après la révélation du rapport non publié de Don Mitchell pour la Banque Mondiale. En effet, l'importance des biocarburants dans la crise alimentaire y est fortement accentuée, de l'ordre de 75% au lieu de la prudente tranche des 10-20%. D'autre part, la hausse des revenus dans les pays en voie de développement et son impact sur la consommation mondiale est relativisée. L'économie, par essence, est une science inexacte. La sagesse voudrait donc de nuancer tes propos et prendre en compte les différents points de vue, surtout lorsque l'on s'avance avec un titre aussi péremptoire. Sans remettre en question ton analyse, ce dernier rapport éclaire la question sous un nouveau jour. Je fais confiance à ton honnêteté intellectuelle pour apporter un erratum.
Aller à l'encontre de la doxa ne suffit pas à déténir la "vérité" forcément occulte. ça a néanmoins le mérite de nourrir le débat et de faire réléchir.

Par ailleurs, tes posts sont très intéressants et bien fait, le contenu de ton blog est de très bonne tenue. bravo

Ecrit par : Samuel | mercredi, 16 juillet 2008

Le rapport de Don Mitchell est assez controversé sur sa méthodologie, d'autre rapport non moins officiels font état d'une fourchette allant de 10 à 50%.

Ecrit par : xxl | vendredi, 01 août 2008

Le rapport de Don Mitchell est assez controversé sur sa méthodologie, d'autre rapport non moins officiels font état d'une fourchette allant de 10 à 50%.

Ecrit par : xxl | vendredi, 01 août 2008

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