mardi, 05 juin 2007

L'héritage Chirac

Après douze années passées à la tête de la France , Jacques Chirac a quitté le palais de l'Élysée. Rares sont les médias qui ont déjà essayé de porter un jugement sur son bilan. C’est sûrement parce que son départ est encore trop chaud. Mais afin d'éviter la bêtise de juger son bilan trop à froid, lorsque le temps nous aura fait oublier bien des choses, voilà ce que l’on peut aujourd’hui retenir de lui. 

9a5df4e8acedc6364ee5417778a71426.jpgJacques Chirac est un homme qui aime la bataille pour le pouvoir, il excelle dans ce domaine. Mais, tel un Dom Juan de la politique, une fois que le défi - la conquête du pouvoir - est gagné, la pratique de ce dernier se révèle beaucoup moins passionnante. Tout commencait pourtant bien: arrivé à la présidence en 1995 alors qu’il était donné mort et enterré politiquement par tous les médias, il s’est rapidement mis au travail avec les réformes des retraites du pri et le gel des fonctionnaires, entreprises par son premier ministre Alain Juppé. Suivirent les immenses grèves de l’hiver 1995-1996, puis la capitulation du gouvernement, la bêtise de la dissolution de l’assemblée et enfin le départ de Juppé. Hanté par cette  rebellion massive de la rue et handicapé par un gouvernement qui n’est plus de son bord, Jacques Chirac va désormais s’efforcer de tout faire pour ne pas contrarier le peuple français. Dorénavant, les décisions sont donc prises dans le but premier de ne se mettre personne à dos, au détriment de l'intérêt général de la France . Et à force d'avancer doucement sans brusquer personne pour rendre tout le monde heureux, on raye une à une de l'agenda les réformes qui sont pourtant cruellement indispensables. D’ailleurs, en 2002, son maigre bilan lui assure le plus petit score jamais enregistré par un président sortant au premier tour d'une présidentielle. Se réélection il la doit plutôt à Jean-Marie Le Pen. Cette fois-ci, même avec un gouvernement de droite, la politique affichée - et dont l’efficacité est discutable - de faire “une grande réforme par an” se transforme rapidement en “une petite réforme par an” lorsqu’elle ne termine pas en capitulation devant le moindre signal de mécontentement de la rue (réforme du bac, cpe, etc.).

d642a4df24c4631ae8d01b37f3e6c9a7.jpgAu final, sur les dernières années, il a véritablement fini par fausser sa propre appartenance politique et par la même le clivage politique français. Quelques uns le voyaient à droite, d’autres à gauche, certains au centre. En absence de décisions claires et concrètes ainsi que d’un cap fixe revendiqué, la présidence s’est lâchement endormie. Et c’est bien l'état de somnolence de son ancien leader qui explique en partie le réveil de la droite et la rupture qui s’appuye sur l’exemple de cette mollesse présidentielle chiraquienne pour promettre du mouvement et du changement courageux. Bien sur, il y a aussi indéniablement dans le bilan de Jacques Chirac des points positifs et il ne faut surtout pas les oublier. Le non à la guerre en Irak. La professionnalisation de l’armée. La qualification de la France pour la monnaie unique. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs. Ses efforts pour l’Afrique. Tout cela n’est pas rien. Mais en 12 ans de pouvoir ca reste très maigre.

fc15d090f88707f53a3935980da88e35.jpgJacques Chirac, à force de pratiquer la politique de la conciliation à tout va, n’a pas fait bouger grand chose alors que la France perdait continuellement du terrain. Néanmoins, l’Histoire, le gardera sûrement en mémoire comme un grand président qui a oeuvré pour la paix dans le monde et d’une certaine façon pour l’écologie, quand à Johannesburg il est le premier à tirer la sonnette d'alarme: rappelez-vous du désormais célèbre “notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Sur le plan interne le bilan est plus sombre, et si Nicolas Sarkozy a été élu avec un programme aux milles réformes c’est bien parce que elles n’ont malheureusement pas été réalisées avant. Pour finir avec un brin d’ironie et beaucoup d'exageration, on peut dire qu’à l’inverse de Tony Blair qui a tout bien fait sauf l’Irak, Jacques Chirac a tout mal fait sauf l’Irak.

MSB

Commentaires

En tout cas, Chirac nous aura fait passé par tous les stades: fous rires, énervements, colères...
Voilà un chef d'Etat qui entrera dans les livres d'Histoire pour avoir fait avaler aux français tout et surtout n'importe quoi comme par exemple le vote d'une loi en force sous de lourdes protestations (le cpe) et venir à la tv dire que cette loi ne sera pas appliquée.

Ecrit par : laurent Gamet | mardi, 05 juin 2007

c'est bien dommage de resumer la vie politique de M.Chirac en un fait. Deplus, je pense que le CPE a été victime d'une mauvaise explication et de bien evidemment d'une gauche toujours contre tous les projets de la droite.

Ecrit par : adrien | mercredi, 06 juin 2007

Peut-etre que le CPE a ete mal explique, mais avec du recul c'etait un suicide de proposer aux jeunes un contrat ou on peut etre vire sans motifs. C'est a dire que on a depasse le debat de la flexibilite du marche du travail pour arriver dans celui du respect du travailleur qui a le droit minimum de savoir pourquoi on se debarasse de lui. Preuve en est que ce contrat ne faisait pas l'unanimite, meme a droite, Monsieur Sarkozy y etait oppose. C dommage parce que au final, en melangeant les deux, on fait croire aux gens que la flexibilite rimait avec manque de respect. Voila pourquoi le CPE n'est pas adequate, alors que le CNE l'est car tout en instaurant de la flexibilite dans le marche du travail, il respecte les employes.

Ecrit par : pete | mercredi, 06 juin 2007

Petite rectification a propos du CPE: ses modalités avaient été largement remaniées, sous l'impulsion de M. Chirac notamment.

En effet, lors de la (derniere) présentation du projet bis aux syndicats, la période d'essai était rabaissée a 1 an et les employeurs étaient obligés de fournir un motif de licenciement. Finalement, flexibilité et respect, tout était la...

S'est alors engagé un combat de coqs stérile entre le gouvernement et les syndicats, M. Julliard a leur tete qui a vu la une opportunité en or de devenir un Cohn-Bendit nouveau cru pour un mai 68 des temps modernes. C'était a celui qui baisserait sa culotte en dernier...face a la horde de collégiens (!!!) et lycéens honteusement manipulés, c'était perdu d'avance pour cette réforme.

De facto, la chance pour les "égarés" d'avoir une formation payée suivie d'un CDI était anihilée...qu'importe a ces protestataires en herbe, non concernés puisque futurs diplomés (en majorité)...

Ensuite M. Gamet je vous trouve sacrément culoté d'écrire "le vote d'une loi en force sous de lourdes protestations (le cpe) et venir à la tv dire que cette loi ne sera pas appliquée"...comme si ce retournement était intrinseque a la "psychologie Chirac". Il n'était pas une girouette mais un couard, trop effrayé par les éternels capricieux pour tenir le cap. Heureusement maintenant, l'on pourra bien s'égosiller, ca passera !

Ecrit par : Xavier | jeudi, 07 juin 2007

Xavier, peut etre qu'effectivement apres le texte a ete modifier pour y exclure l'absence de motif, mais le fait de l'avoir jete dans l'assemblee sans discussions avec les syndicats etait une grosse erreur que la droite aurait du eviter. Une fois cette erreur realisee, meme si le texte fut change, c'etait fini. Ils savaient tres bien que ils allaient faire face a une protestation, voila pourquoi ils auraient du agir avec plus de tact. Quant a Chirac qui se retracte, ca prouve aussi qu'il n'est pas borne et qu'il peut changer d'avis. A croire que le fait de l'avoir retire il est lache! Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis.
Et puis remettez-vous dans le bain de l'epoque, les facs ne tournaient plus depuis des semaines, il y avait des manifs tout le temps, la France allait mal et on ne pouvait plus continuer comme ca. La prochaine fois, j'espere qu'il y en aura une, le gouvernement devra agir avec plus d'ecoute et surtout moins de violence en expliquant bien le texte afin de ne pas laisser les syndicats et les mouvement d'axtreme gauche reprendre le texte pour le porter en cheval de troie de l'ultraliberalisme et toutes les conneries qu'ils sortent.

Ecrit par : pete | jeudi, 07 juin 2007

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